Publié dans Non classé

Nocturnes d’or

Le livre s’est ouvert dans la nuit sur des images si ardentes que j’ai peine à y déposer des mots. J’entends encore le blues qui jouait dans cette pièce au bois réchauffé par les flammes de nos échanges. Je me délecte encore de nos rires entrecroisés qui s’envolaient par la fenêtre comme un voilier d’outardes libres.   Je ressens encore sur ma nuque la force de ta main empoignant ma crinière d’amazone pour mieux retenir la force de ta jouissance…

J’étais arrivée avant toi. Tandis que je t’attendais, je tentais sans grands succès, de calmer mes grands déferlements imaginaires. Je te guettais par la lucarne au deuxième étage.  Je m’étais déchaussée pour mieux ressentir la douceur du plancher sous mes pieds nus.  De long en large, je sillonnais la pièce en faisant virevolter les voiles de ma jupe dans un ballet d’inquiétudes.   Je m’astreignais à d’innombrables efforts pour chasser toutes les espoirs qui naissaient à chacune de mes pensées.   Dans quelques minutes nous serions enfin seuls. Enfin seuls, ensembles.

Les minutes s’écoulaient grains par grains dans le sablier de l’attente.  Parfois je jetais un œil sur le tapis de la route qui allait te conduire jusqu’à nous mais, je n’y voyais que des champs langoureux  qui saluaient avec révérence l’ivresse de notre rencontre. Je tentais de rester sage mais je savais mes vœux trop pieux pour être réalistes.

Tandis que je mettais nos victuailles au frais tu es arrivé.  Je lisais dans ton regard la malice, la frénésie, une joie nourrie par l’anticipation.  Nous avons échangé quelques banalités, cherchant dans nos phrases les appuis, les balises pour nous reconnaître.  J’ai proposé que nous débutions par une bière épicée question de détendre un peu l’atmosphère.  Nous avons mangé un peu aussi, mais sans appétit.  No yeux préférant être nourris par la  présence divine de l’autre.

Puis, je t’ai invité à monter.  Pour l’occasion, j’avais allumé de l’encens que la chaleur avait pris soin de diffuser dans la pièce pour t’accueillir avec tout le respect des rois.   Au milieu de la chaumière, le chevalet se tenait là, bien droit, habile gardien de l’hiver d’une toile.  Tu m’as souris complice d’une manigance prévisible…Je t’ai alors demandé de prendre un pinceau, une couleur, et d’y créer l’image de ton choix.

Mais l’image tu n’avais plus envie de la créer, tu avais envie de la vivre.  Avec la force d’une passion enfin libérée de ses chaînes, tu m’as plaquée contre le mur.  Mes yeux s’embuèrent.   Silencieux, tu restais là, immobile à quelques centimètres de mon visage.  J’avais peine à respirer.  Je sentais ma poitrine s’élever pour s’offrir à toi.  Or, tout comme toi, je restais fixement plongée dans ton regard.   Il m’a semblé que tout cela dura éternellement.

Je tremblais.  Tu tremblais aussi.  Tes mains moites se sont jointes aux miennes sans que jamais je n’eu l’impression que nous ayons bougés.  Suspendus dans ce moment, je ne savais plus quoi faire.  Je me sentais paralysée.  En quelques secondes, j’imaginais ma langue se frayer un chemin entres tes lèvres douces.   En quelques secondes de plus, je me sentais collée contre ton torse, ton cœur battant contre moi.  En quelques secondes encore, j’étais si près de toi que je pouvais deviner l’intensité de ton désir à travers les plis de ton denim.

Or, immobiles nous étions encore.  Lequel de nous deux allait se commettre ?  Lequel de nous deux allait offrir à l’autre les réponses aux millions de questions que réclamaient nos corps?    Tu as dû deviner mes interrogations car je pû soudainement lire la réponse dans la vapeur qui s’échappait de nous.

Il n’eut pas de l’un ou de l’autre.  Il n’eut pas d’un avant l’autre.  Il eut seulement deux êtres.  Nos baisers se sont offerts confirmant les espoirs longtemps nourris.  Tu as relevé ma jupe dans un geste dont l’assurance me fit chavirer de l’autre côté des miroirs.  Puis, nous nous sommes goutés, délectés, sustentés.

Comme la nuit avançait dans le jour de mon rêve, tu as glissé en moi…Mon dieu…Ce souvenir est encore si intense que de te l’écrire contribue à me ramener aux confins de l’extase … Tu étais si doux…Si tendre, mais à la fois si intense, si fort.

Je me souviens des frissons, des gémissements, des cambrures.  Je me souviens de ma colonne s’électrifiant en t’offrant enfin l’orgasmique d’un réel que je t’avais maintes fois partagé en secret.  Je me souviens de nos corps réunis, arrêtant le temps, arrêtant le vent, arrêtant l’espace de notre éternité…

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Auteur :

Agente de communication freelance, Journaliste 2.0, www.julievigneault.com

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