Publié dans Pensée du jour

Framboise

Il est de la vocation même d’une framboise d’être mangée, d’être blessée par la morsure de la vie, car à quoi lui servirait d’être si douce, d’être si belle et parée d’un parfum affriolant si ce n’était que pour terminer sa vie en retournant à la terre sans avoir eu le plaisir, la joie, la jubilation d’être sa propre saveur. Malgré sa fragilité, elle a le choix d’être ce qu’elle est ou de ne pas l’être.  Mais, quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse, qu’elle se déguise en fraise ou en bleuet, elle ne sera rien d’autre qu’une framboise.

Je voudrais bien  être ce que je ne suis pas.  Tous les jours, je suis confrontée à ma propre nature.   Je résiste à ma sensibilité.  Je me durcie. Je protège ma chair sous des pelures coriaces.  Je tente de montrer à la face du monde que je dois parfois, par nécessité, prendre l’allure d’un autre fruit.  Or,  l’univers est doté d’un sens logique, d’une compréhension de la nature des choses que je ne peux berner.  J’ai beau m’acharner à me masquer de vert tendre, de jaune citron, la vie me rappelle sans cesse que toute ma grâce exulte véritablement lorsque je suis rouge, brillante et gorgée d’un nectar tendrement réchauffée par un chaud soleil d’été.

Parfois, pour t’épargner, pour te redonner sur un plateau d’argent ta vie dénudée de résistance, j’aimerai bien te faire oublier que tu as connu la saveur d’une framboise.  En dépit de ma bonne intention,  de toute ma volonté, je sais par ailleurs que je n’y arriverai pas.  Je ne puis plus changer le cours des saisons et effacer ce moment où tu as rencontré ce petit amalgame de perles rougies de ravissement. Il m’est tout aussi impossible de faire disparaître le souvenir de ce feu d’artifices multicolores qui s’éclaboussait dans ta tête, dans tes reins, dans ton cœur,  lorsque tu as ressentis l’envie, le désir d’y poser tes lèvres gourmandes.

Tu sais déjà que je ne peux rien te refuser.  Alors, si tu me le demande, je ferai des efforts grandiloquents pour devenir autre. Je ferai cesser le vent.  J’exigerai des arbres qu’ils grandissent encore et encore afin que, perché sur la plus haute branche, tu me vois, au final, comme un banal petit point rouge.  Y croiras-tu?  Oublieras-tu irrémédiablement que je suis tout de même là, sur la neige, rafraîchie, cristallisée pour mieux me conserver?  Accepteras-tu de t’amnésier de moi alors que les roses, les pommes, les jonquilles et les fraises te rappelleront sans cesse ma teinte unique au monde?

Je me suis préparée longtemps afin d’accepter d’être ce que je suis.  Ce fût au prix d’une persévérance que peu de gens peuvent comprendre tant et tellement elle a été mise à l’épreuve.  À vaincre sans périls on triomphe sans gloire, ça tu le sais déjà.   Je crois que je suis mûre pour une vie glorieuse où goûter chaque moment est une providence.  Je ne me refuse pas à moi-même, car lutter contre nature me semble d’emblée aussi utopique que de vouloir me tenir debout les yeux ouverts dans une tempête de sable.  Toutefois, même si mes yeux brûlent encore d’émotions, il n’en demeure pas moins que j’ai réussi ce jour-là, métaphoriquement, à te voir en dépit de ma peur d’être à jamais aveuglée.

Repose-toi bien là-haut sur ta branche perché.  Rêve doucement à moi.  Et rappelle toi que je suis simplement …ce que je suis….Sucrée et bien vivante.

Juliette aux lèvres rouge framboise…

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Auteur :

Agente de communication freelance, Journaliste 2.0, www.julievigneault.com

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