Publié dans Réflexions

Rocky le raton

 

 

Il était une fois, dans une grande forêt,  un raton qui prenait plaisir à se tenir en équilibre précaire sur les plus hautes branches des arbres les plus majestueux.  Ainsi perché, il avait une vue magnifique qui, en plus de lui permettre d’observer à loisir les êtres et les choses au-dessous de lui, lui confèrerait un lieu de sécurité hors du commun.

Le printemps était enfin arrivé et Rocky s’amusait à découvrir la complexité des bourgeons du grand chêne lorsqu’arriva, belle comme une marguerite au soleil,  une ratonne aux yeux de miel.  Curieux, Rocky demanda à Martin, son vieil ami le gai bleu, d’où venait cette beauté de rayures.  Contrairement à son habitude, Martin resta évasif aux questionnements incessants de son ami et lui répondit plutôt :

–          « Pourquoi ne descends-tu pas de ta branche pour aller lui demander toi-même ? »

–          « Descendre ?  Mais, tu n’y pense pas Martin !  Que pensera-t-elle de moi, petit raton n’ayant rien à offrir  que ma vue aérienne sur le monde et mes danses d’équilibriste? »

–          « Justement, renchérit Martin.  Peut-être sera-t-elle agréablement surprise de découvrir un raton qui sort de l’ordinaire, un raton de la stratosphère.

–          « Comme j’aimerai avoir l’azur de sa plume de mots! », pensa Rocky sous son masque d’ébène.

Mais, il lui semblait que malgré l’argumentaire délicieux de l’oiseau, il n’arriverait pas à trouver la motivation nécessaire pour le convaincre d’être d’un quelconque intérêt pour la demoiselle.

Ainsi, durant les jours qui suivirent, Rocky s’hasarda de plus en plus loin sur ses branches, les faisant plier si dangereusement parfois, que leurs craquements cultivaient des frissons d’inquiétudes chez les jeunes écureuils encore en apprentissage.  Or, contrairement à ce que certains pouvaient croire, les cabrioles de Rocky prenaient naissance non pas dans une surdose inquiétante de témérité, mais plutôt dans l’avidité du désir d’en connaître chaque jour un peu plus sur la jolie ratonne.

Las de recevoir de nombreux appels de détresse de la population animale inquiète d’une catastrophe arboricole, le gardien de sécurité de la forêt, Georges, le  vieux hibou, vola à la rencontre de Rocky.  Le fixant de ses grands yeux hypnotisant,  il s’adressa à lui de façon, ma foi, sans équivoque :

-« Écoute Rocky.  Nous savons tous que tu apprécies bien la présence de notre nouvelle résidente.  Il s’agit là d’une chose tout à fait compréhensible étant donné la nature qui vous unit.  Or, pour ta propre sécurité et pour celle des habitants de la forêt, je dois te demander de ne plus t’aventurer sur les branches qui présentent un diamètre inférieure à celui de 10 printemps.  Est-ce clair ?? »

Le stress provoqué par la visite du hibou, laissa Rocky complètement muet, interloqué, paralysé. Il acquiesça simplement de la tête en retournant, d’une patte désespérée, dans le creux confortable de son arbre.  Humilié de s’être fait prendre à une gourmandise d’éclats de bonheurs, lui qui était à l’ordinaire si sage derrière son rideau de feuilles, il resta ainsi caché durant plusieurs jours.

Inquiets de ne plus le croiser sur le bord de la rivière, Thomas, l’ours bien léché, se rendit chez Rocky et secoua son arbre de ses pattes brutales.  Éveillé en sursaut, Rocky risqua à peine son petit museau inquiet en dehors de sa tanière.  Thomas rigola en constant le manège :

-« Voyons Rocky ! Qu’est-ce qui se passe avec toi ? Je t’avouerai que ça me manque beaucoup que tu ne viennes plus taquiner la truite légère avec moi comme à l’habitude !!  Allez sort de là !!! »

– « Je ne peux pas! », lança le raton d’une voix timide. Tout le monde croit que je suis devenu fou !!! »

– « Écoute, si tu ne te montres pas, c’est moi qui irait te rejoindre !!, grommela l’ours un peu las des caprices de son ami.

-« Noooon! » s’exclama Rocky craignant que le poids de Thomas ne le fasse tomber de son refuge.  J’arrive ! »

Aveuglé par un soleil qui voulait pourtant lui offrir sa chaleur réconfortante, Rocky se montra enfin.

–          « C’est pas trop tôt ! Tu es malade ? » demanda Thomas de sa voix de baryton.

–          « Oui un peu, répondit Rocky.  Dit aux autres  que je souffre d’une « curiosyte aïgue ! »

–          «  Une quoi??? s’interrogea Thomas à voix haute mais comprenant aussitôt l’origine du mal dont était affligé Rocky.  Ahhhh! Tu veux dire que c’est la mamzelle au masque doux qui te travaille ? »

Si un raton avait pu rougir, Rocky aurait certes été, à ce moment là, le premier de son espèce à en faire la démonstration.  Mais, comme seul lui en avait le secret, il se lava bien vite les mains de la situation et s’élança plutôt dans une esquive astucieuse.

« Tu as tout faux Thomas.  Elle n’a rien avoir là-dedans.  Je me trouvais grassouillet et j’ai décidé de faire plus d’exercices dans mon arbre.  Visiblement que les autres ont été « dérangé » par mon agilité légendaire.    Au fond, je ne suis que la victime de leur jalousie…Voilà ! »

Thomas éclata d’un rire si gras, qu’un nid d’abeilles, craignant une alerte majeure, se vida tout d’un coup. Un torrent de miel s’écoulait maintenant sur la tête de Thomas, tout sourire.

« Regarde comme la vie est belle Rocky, poursuivit Thomas en dégustant un pain de miel arraché  spontanément au nid à peine déserté. Les choses suivent leur cours.  La nature nous offre parfois tout simplement ses plus belles victuailles lorsqu’on se décide à changer un peu notre perspective habituelle. Si j’avais attendue que le miel tombe du ciel, ne crois-tu pas que mon attente aurait duré des centaines de printemps.  Et pourtant c’est arrivé! Ne crois-tu pas qu’il est grand temps que tu renoues avec ta véritable nature?»

Rocky trouva que Thomas avait encore une fois bien raison, compte tenu du contexte.  Mais, pour lui, la simple idée de descendre de son arbre pour aller à la rencontre de la jolie ratonne ne pouvait cadrer dans le même créneau de magie.

–          « Laisse-moi réfléchir à tout cela, lança Rocky avant de retourner dans sa cachette.  Je te promets que lorsque la lune sera pleine, je pourrai te répondre ! »

–          « Comme tu voudras, répondit Thomas la bouche pleine.  Mais pas plus longtemps !  Si tu n’y es pas, je te promets que je te descendrai de là de gré ou de force !!! »

Thomas s’éloigna en laissant un Rocky bien perplexe.  Comme la lune,  il passera les prochains jours suspendu dans le ciel de son arbre à se poser bien des questions, mais surtout à espérer trouver bien des réponses….

Rocky le raton – 2e partie

Juliette la ratonne avait beaucoup voyagé dans sa tête.  Depuis son arrivée, par un tendre matin d’avril, elle s’assoyait ainsi chaque jour au pied du grand chêne ou, durant des heures, elle racontait des histoires empruntées aux contes des mille et une nuit, aux légendes celtiques ou aux grandes mythologies.  Subjugués par les harmonies de sa voix musique, les animaux accouraient alors de partout pour venir l’écouter, mais surtout pour pouvoir voyager un peu avec elle sur des tapis de mots volants.

Or, lorsque Juliette décidait de raconter l’une de ses propres histoires, une sorte de magie envahissait soudainement la forêt.  Cachés entre les arbres, couchés sur les lits de mousse ou bien à l’abri sous une pierre, les mots de Juliette se semaient un peu partout, faisant éclore au passage des fleurs aux parfums mirobolants.  Certains disaient d’ailleurs que Dame Rivière avait même failli causer une catastrophe tant elle  en avait gardé dans son lit pour la réconforter par ses soirs d’insomnie !

Ainsi, vous vous en doutez bien, certains mots de la ratonne s’étaient furtivement faufiler jusque dans l’oreille, déjà tourmentée, de Rocky le raton. De ce fait, il voulait toujours en connaître davantage sur  leurs origines  mais, le plus important, il voulait tout comprendre sur leur étrange pouvoir.  C’est ainsi que, depuis des jours, discrètement installé sur la branche la plus haute, il écoutait, buvait chacune des paroles prononcées,  les laissant s’infiltrer en lui comme la pluie douce sur une terre assoiffée.

Ne voulant pas le brusquer ou l’offenser, Juliette faisait mine de ne pas remarquer la présence de cet oiseau étrange.  Parfois, elle s’amusait à pointer le ciel dans sa direction, comme pour annoncer la venue d’un ange.  Les enfants, amusés, scrutaient alors les nuages dans l’espoir d’y voir apparaître la fabuleuse créature. Pourtant, ils n’y voyaient rien d’autres que Rocky le raton, timidement perché sur sa branche.

C’est donc comme cela que Rocky était devenu, à son grand étonnement,  l’ange de bien des histoires.  D’abord il avait cru que Juliette avait pointé dans sa direction par simple hasard, puis, voyant le phénomène se répéter à plusieurs reprises, il craint d’être la victime d’une quelconque magie noire.  Il s’étonna de penser que Juliette était peut-être même une sorcière ayant la capacité de se transformer en ratonne pour mieux jeter un sort aux animaux de la forêt !!! Ouf !!!

Mais, Juliette la ratonne avait plus d’un tour dans son sac.  Si elle voulait enfin apprivoiser Rocky le raton, elle savait qu’elle allait devoir user de beaucoup d’imagination.  Un jour, elle décida donc de chuchoter ses histoires.  Elle expliqua la chose par une intention, toute noble, de ne pas vouloir éveiller tous les spectateurs ayant déjà trouvé leur place dans les bras de Morphée.  Elle souhaitait ainsi que Rocky, piqué dans sa curiosité, n’ait plus d’autres choix que celui de descendre enfin de son arbre !!!  Malheureusement il n’en fit rien.  Et pis encore, il reçu même un avertissement de Maître Hibou pour avoir pris trop de risques  en voulant s’approcher de trop près tout en restant sur une branche !!! Pffff!

Juliette  comprit alors qu’il lui faudrait se trouver des alliés pour réussir à sortir Rocky de son refuge.  Elle se fit donc ami avec l’ours Thomas avec qui, en plus d’avoir droit à de délicieuses truites au miel, elle put préparer le son plan ultime.

Quand arriva la pleine lune, Rocky craignit le pire.  Durant les derniers jours, il avait remué le ciel et la terre. Il avait brassé les remues et les méninges.  Il avait songé à mille perspectives, à mille scénarios,   sans jamais y trouver une parcelle de courage suffisant pour descendre.  Assis sur sa branche, le pelage scintillant de milles reflets argentés sous les rayons de l’immense boule de lumière, il vit arrivé au loin l’ours Thomas.  Un frisson lui glaça le dos.   Quelle humiliation il s’apprêtait bientôt à subir alors que, devant toute l’audience réunie pour ce qui s’avérait être la plus belle histoire de Juliette, il serait à jamais détroussé de son refuge.

Mais, s’il y a une chose sur laquelle Rocky avait eu presque raison, c’est sur le fait que Juliette la ratonne pouvait parfois utiliser la magie !!! Elle commença donc ainsi :

–          « Il était une fois, sur un arbre perché, un mignon petit raton que l’on nommait Rocky!!! »

Rocky qui écoutait d’abord d’une oreille distraite n’en cru pas ses…heu…oreilles….Elle parlait de lui !! Cette histoire parlait de lui !!! Il s’approcha un peu….

–          « Rocky était en fait un Prince qu’une vilaine sorcière avait un jour transformé en sympathique raton laveur » enchaina Juliette.

–          « Moi un Prince ??? Ohhhhhh!!!! »,  se dit Rocky interrompant son pas.  Mais c’est incroyable !!!

–          « Or, pour recouvrir son apparence, Rocky devait retrouver trois ressources essentielles.  Premièrement, l’affirmation de soi, deuxièmement le courage et troisièmement la foi.

–          « La foi? Mais la foi en quoi? », questionna Rocky, sans se rendre compte qu’il était enfin descendu courageusement et fièrement de son arbre !

Juliette lui répondit, faisant briller ses yeux de milles feux de joies :

« La foi en toi mon Prince, la foi en toi !!! »

FIN.

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Auteur :

Agente de communication freelance, Journaliste 2.0, www.julievigneault.com

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