Publié dans Pensée du jour

L’Art de Décevoir.

Je dois l’avouer, j’ai vraiment un talent remarquable pour décevoir.  Si l’on en croit la rumeur, il semble que j’aie le naturel pour dresser une table parfaite pour que ceux que l’on appelle mes proches (famille et amis),  restent sur leur  appétit.  Depuis plusieurs années je leur sers ainsi des plateaux de mets froids, des fruits de relations secs et ternes. Ça te surprendra sûrement, puisque les gens qui me côtoient au travail ou dans diverses occasions, diront de moi que je suis une personne très généreuse d’âme, très enveloppante, très nourrissante. Pourtant, le discours devient toute autre lorsqu’il s’agit de s’attabler près de moi pour partager des victuailles plus intimes.  Alors, étrangement, je n’arrive qu’à offrir  des coupes remplies de silence, des hors d’œuvres d’amitié vide, des pâtisseries d’absence.

Je souhaiterais vraiment dire à tous ceux qui me croisent de ne pas s’attarder à l’odeur affriolante que semble représenter l’amitié avec moi.   Passez votre chemin pardi !! L’Aubergiste n’est qu’au fond qu’une vieille sorcière qui n’ose plus sortir de sa cambuse. Vous humerez la cannelle de mon humour.  Vous goûterez peut-être même la chaleur de quelques câlins fraichement sortis  tout droit de mon  four d’élans spontanés! Mais, ce sera bien là tout ce que vous goûterez de moi.

À moins, bien sûr que vous soyez de ceux qui résistiez à mes charmes.  À moins que vous ayez compris ma stratégie de noisette et que vous envisagiez ma coquille comme partie intégrante de ce que je suis. À moins que pour vous, tout cela n’ait guère d’importance car vous avez la sagesse de changer de trajectoire quand le parcours semble trop semé d’embûches. À moins que pour vous, tout ceci ne soit qu’une grande mascarade parce que vous avez su vous abreuver au-delà de l’illusion de mes oasis.

Certaines expliqueront mon attitude des dernières années, par de grands bouleversements intérieures, comme si j’étais en perdition sur un radeau, perdue, seule, dans un océan de larmes.  J’ai, selon eux, le cœur naufragé d’un amour titanesque qui aurait frappé un iceberg de poudre de fées.  Bien qu’ils aient un peu raison, il n’en demeure pas moins que la véritable raison se cache ailleurs, dans un autre coffre remplis d’Or pour lequel j’offre aujourd’hui la clef.

Voici un exemple qui exposera une partie du mystère : J’aime manger entres amis, rire beaucoup voire même pleurer de joie…Or, je crains, si je vous invitai chez moi, que ma maison ne soit pas assez grande, pas assez en ordre, pas décorée selon vos goûts.  Je crains aussi que ma nourriture ne soit pas assez bonne, que je ne sois pas assez jolie, pas assez….Bref, je préfère vous tenir loin de la piètre image que j’ai de moi-même, question de vous épargnez d’avoir dans votre vie une femme décevante.  J’y crois si fort en fait, que je réussi souvent à me donner raison en laissant lentement faner la fleur d’amitié qui m’unit aux autres.

  Nous avons juste à nous organiser un souper au resto alors direz-vous!!! Alors là, je trouverai peut-être une excuse telle que : Je manque de temps, je manque d’argent…je manque de…Au fond, ce que vous devriez entendre est : Je manque désespérément de MOI!!  Il me faudrait, pour que je croie au bien fondée de ma présence, tellement d’expériences positives (de preuves tangibles et concrètes), que l’idée seulement de faire un pas en ce sens découragerait le plus téméraire des aventuriers !!!

Alors, dirons les irréductibles, donnes-nous simplement de tes nouvelles !!  Si vous saviez, comment j’aimerai vous en donner ! Mais, elles aussi doivent être parfaites!! Sans ombre, sans rien qui pourrait vous attrister, vous choquer, vous offenser. Je ne veux pas déranger votre bien-être ! Je me suis donnée la mission de passer dans votre vie pour vous apporter de la joie et dès que je sens que je failli à ma tâche, je m’éloigne, je rapetisse, je disparais, en espérant que vous m’oublierez bientôt….

Certes, voilà des mots bien loin de ceux que j’ai l’habitude de vous exposer.  Voilà plutôt des maux, que je déshabille d’artifices pour expliquer pourquoi, je suis au fond, un étrange amalgame d’émotions.  Je vous dirai que bien peu nombreux sont ceux qui ont franchi les grandes portes derrière lesquelles je me trouve, lovée au fond de ma prison.   Et puis, comme les autres, la plupart ce sont éloignés, comprenant enfin l’issue impossible de ma définitive délivrance.

Car, ironiquement, lorsque la porte est ouverte, que je me sens en confiance, je glisse le nez dehors.  Je suis alors comme une enfant, émerveillée, souriante et surtout très fragile.  Je me laisse alors respirer un peu, savourant la présence de l’autre comme le matin frisquet apprécie la chaleur d’un magnifique levé de soleil.  Puis, le cœur gonflé d’espoirs que j’étoufferai à petit feux, je retourne derrière les barreaux, refermant mon cœur à clef, attendant en silence que la porte veuille bien s’ouvrir à nouveau…plus tard…dans une quelconque éternité.

Par magie, par douceur, par tendresse, par envie d’Être connue, reconnue pour ce que je suis réellement, je vous annonce que je pose moi-même le geste d’ouvrir…de briser…de craqueler…de casser…ma coquille, ma prison, ma carapace.  Je sais que je dois être forte dans ma faiblesse.  Alors, simplement, bienvenue chez MOI !!!

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Auteur :

Agente de communication freelance, Journaliste 2.0, www.julievigneault.com

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