Publié dans Pensée du jour

L’Inappropriée

J’aime penser en dehors des boîtes. J’aime bifurquer les trajectoires linéaires et monotones.  J’aime m’amuser à peindre des batailles hors des sentiers de la convenance. J’aime redessiner  les tabous dans des couleurs innovantes, éblouissantes.  Par nature, je contourne, j’extrapole, je persévère à briser les dogmes immobiles. Ainsi, lorsque pour d’obscures raisons on me freine, on me refroidi, on me paralyse sous prétexte que je sois « Inappropriée »,  il n’en faut pas moins pour que se soulèvent en moi de grands ouragans d’incompréhensions.

Pourquoi,  me punissent-t-ils, sous le couvert de la diversion, d’être ce que je suis : une femme de cœur, de corps et d’authenticité?  Pourquoi, ordinairement si chaleureux, si accueillants, préfèrent-ils refermer sans préavis la porte de nos échanges? Pourquoi nous renvoie-t-on penaudes, mes nobles et intentions et moi, dans nos infâmes quartier tel de vulgaires impies?  Rivalités collatérales? Refus de croire en une amitié florissante si jardinée par des sexes opposés?  Crainte que ma présence provoque en leur  for intérieur un tsunami d’émotions ayant la puissance de fragiliser à jamais les assises de l’inconfort connu?  Lâcheté face aux éclats de lumières que je projette et qui,  par inadvertance, aveugle de plaisir une existence trop longtemps ombragée?  Confusion? Perplexité? Automutilation?

Mes interrogations, présupposent ici des milles raisons d’une esquive typiquement masculine.  Rare en effet sont les situations ou une amie me refuserait une sortie au cinéma, un massage serti de fous rire ou une bonne bouffe en tête-à-tête en brandissant l’argument ultime : « Je crois que ce serait inapproprié!». Certes, si mon cercle d’amitié ne transpirait pas d’autant de testostérone, sans doute n’aurais-je jamais eu l’envie, le besoin, la nécessité absolue d’écrire ces mots de révolte.  Cependant, forcée d’admettre que je possède une mentalité qui trouve plus aisément preneur auprès de ces Messieurs, je me retrouve inexorablement au centre de ces  berceaux d’ambiguïtés, plus souvent que je ne le voudrais.

Dans les faits, lorsque l’un d’entres-eux décline poliment ma présence, je n’ose pas m’humilier d’avantage. Piquée par un venin orgueilleux, je me convaincs de l’existence d’une injustice dévoreuse d’entrailles. Hébétée, confuse j’erre, durant de longs jours gris, dans le couloir absurde des exclus. Placée en quarantaine par apitoiement, je lèche, honteuse, mes plaies d’amour propre.  Quelques fois dévastée, blessée, terrée au fond du puits de la colère, j’attends en silence que le temps daigne bien me fabriquer un nouveau moment de résilience.  Cloitrée sous les verrous de l’abandon, je creuse mon âme à la recherche d’une raison pour pardonner leur faiblesse, leur ignorance et leur sempiternel mutisme.

Or, avant d’être confinée aux frontières limitrophes de la capitulation, je me surprends à inventer des  évasions quelque peu farfelues ou il me suffit simplement de devenir  « Un » autre. Tel un « Yentle » ou un Victor-Victoria je disparais alors sous les traits protecteurs de la virilité.  Satisfaite d’être enfin dépouillée de tous mes attributs féminins, j’amorce avec aisance la quête d’amitié, de la complicité voire de l’intimité.  Je deviens le meilleur ami de la famille, le collègue avec qui on se vide le  cœur pendant le match, le complice avec qui on échange les deniers trucs artistiques.  J’ai droit à des invitations spontanées.  Les rencontres deviennent sans casse-tête, sans chichis, sans justifications.  Sans ma peau de sirène, je savoure enfin  l’amitié sans crainte d’être laissée seule sur le quai d’une gare ou le courage a fait dérailler tous les trains.

Mon  envie de transmutation sexuelle fait figure d’antidote plutôt cocasse à un poison plus sournois qu’il n’y paraît.  Mais, vous n’avez rien à craindre.  Je suis bien plus perspicace que mes mots ne vous le laissent sous-entendre.   Car, en dépit des blessures provoquées, le temps m’a permis d’apprendre à cultiver l’empathie vis-à-vis ses « David »  qui abdiquent devant le Goliath de leur vie quotidienne, et ce,  avant même d’avoir tenté de dompter les propres chevaux sauvages de leur liberté.  Je suis aussi lucide quant à mes nombreuses lacunes d’analyse, notamment en ce qui concerne le côté de la médaille qui m’est, disons-le, plus personnellement imputable.  J’avoue effectivement souffrir d’un « autruchisme » profond lorsque je suis réprimée dans mes envies de donner la lune, la terre, l’éternité.  Je me décline en démesure.  Il n’est donc pas surprenant que je fustige avec autant de véhémence lorsque l’on récuse  mes offrandes.

J’aimerai bien que l’un ou plusieurs d’entres-vous m’expliquiez pourquoi « JE » dois freiner mes élans alors qu’intrinsèquement « NOUS » savons combien de bonheurs pourraient déferler leur simple autorisation? Pourquoi « je » devrais me résoudre à ne plus rien offrir sous prétexte que mes cadeaux pourraient se transmuter en lourds fardeaux de ma présence?  Pourquoi « je »  devrais me sentir flattée, choyée, d’être un secret que vous enfermez au fond d’un tiroir dès que mes éclats scintillent un peu trop au grand jour?   Pourquoi « je » devrais accepter de payer seule le prix d’une tentation que vous refusez d’admettre?  Pourquoi « je » devrais être contrainte à rester virtuelle pour mieux vous laisser libre de vos propres exclusions?

J’aimerai penser que le lion rugira enfin et revendiquera ses instincts de chasseur.  J’aimerai croire que les mystères seront élucidés par des vérités admises avec grâce et flamboyance.   J’aimerai que demain les choses changent et que je sois soudainement submergée de messages faisant l’éloge de l’absolue véracité de mes propos.  J’aimerai que l’on m’écrive l’inutilité d’avoir recours à un quelconque Maître du Déguisement pour pouvoir passer plus de dix minutes à rire avec toi?  J’aimerai que tu planifies avec jubilation nos prochaines tasses de café?  J’aimerai, j’aimerai tellement, que pour la première fois, en lisant ces mots,  tu me prennes par la main en me disant : « Viens…Viens t’asseoir qu’on s’en reparle… »

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Auteur :

Agente de communication freelance, Journaliste 2.0, www.julievigneault.com

Un commentaire sur « L’Inappropriée »

  1. You’re one of the guys! C’est pour ça. T’aurais dû en parler bien avant 😉

    Tu te déclines en démesure. Ne cherche pas plus loin. Les simples Mortels en ont peur. Cette démesure les effraie. Pourquoi ? Parce qu’ils n’en ont pas le contrôle – pour le meilleur et pour le pire. Nous ne sommes pas « habitués » à ce qu’une femme de coeur, de chair et (surtout) d’authenticité nous aborde, que ce soit sous le couvert de l’amitié, ou autre(s) selon affinité(s).
    Ils s’auto-excluent car ils ont sans doute trop à perdre si le jour, la lumière, la clarté venait qu’à s’abattre sur eux, sur toi, sur… »vous ». Le jugement ultime ? Le jugement de ces « autres » (unisexe). « Que vont-ils penser de moi ? De mes choix ? Serais-je à la hauteur ? Serais-je déchu une fois dévoilé sous un autre jour que celui que je conserve, que je construit ? »
    Je ne juge pas, je ne fais que décrire. D’autres décideront si c’est bien ou mal. Ce n’est qu’un simple constat.

    Je n’ai nul besoin de me faire accroire que je doive agir comme si le dernier paragraphe me concernait pour t’écrire – sans pouvoir te le dire, sans pouvoir te prendre par la main – :

    « Viens…Viens t’asseoir qu’on s’en parle… »

    Au plaisir !

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