En t’attendant

En t’attendant, je ne veux pas que tu me perdes. Alors va mon amour! Erre sans bruit dans ce vaste monde, car je resterai sagement ici jusqu’à ton retour. Tu peux hisser ta voile sans crainte. Libère-toi de toutes entraves, de tous ports d’attache et chasse les torpeurs qui pourraient encore faire obstacles à l’épanouissement de tout ce qu’il y a de majestueux en toi.

Surtout, ne craints rien car, du haut de ma montagne, je saurai te prévenir. Tel un fossile d’admiration devant tes conquêtes, je ferai le guet, applaudissant en silence l’éclosion de tes immenses talents. Bien à l’abri parmi les échos sinistres de la forêt je veillerai à propager la vive lumière de ton intelligence.

En t’attendant, je ne veux pas que tu m’oublies. Alors, la nuit, tandis que des loups anxieux rôderont autour de mon âme vulnérable, mes yeux te supplieront. Ils t’imploreront de me lancer ce qu’il te reste de nos festins de rires. Les soirs de pleine lune, je m’exposerai à devenir une douce proie, acceptant volontiers des morsures sur mon cœur, sur mon corps tout engourdi du froid de ton absence.

En t’attendant, je ne veux pas mourir. Inlassablement, je m’emploierai donc à retourner la terre de mes entrailles afin d’y faire germer les semences de bonheur que tu as si doucement déposée en moi. Dans le silence, j’apprivoiserai le chef d’orchestre de mes craintes foudroyantes. Je me ferai presque invisible, mais me nourrirai chaque jour de tous ces petits morceaux de fierté qui veulent s’épanouir en moi.

En t’attendant, je ne veux pas de promesses. Je ne veux pas de mensonges. Je ne veux pas d’adieux. En t’attendant, je ne veux qu’une chose, t’attendre…

Crédit photo: Toile de l’artiste-peintre Rock Gingras: “En t’attendant…”

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Triste fleur

fleurs_de_la_supplication

Je n’ai point d’orgueil. Je te quémande. Je te supplies.  Je t’exhorte de rallumer ce qui fit jadis ma lumière.

Et puis, il semble que je n’ai point de dignité non plus puisque déjà mes genoux brûlent sous le poids de mes prières.

Je me déshydrate. Je me fane. Je me flétrie. Ton indulgence sera ma rosée. Ton empathie mon ondée. Ton pardon la resurrection de mes orages.

 

Poussière de marbre

Demain tu reviendras suite à de longs mois de silence.  Je me tiendrai bien droite, souriante, Goliath contre le David que tu es devenu.  La porte s’ouvrira et, malgré le marbre qui maquille mes traits, je redeviendrai poussière d’étoiles.  Je lutterai contre les muscles de mon visage qui te dessineront un sourire.  Je tenterai de mettre en sourdine toutes les notes joyeuses qui s’accrocheront à mes mots. Mais, je le sais, tu les entendras quand même.anges_louvre

Je me sculpterai un glacier pour mieux te laisser seul sur la banquise de mon balcon:  Roméo d’amertume que tu es devenu alors que moi, douce Juliette, j’ai effeuillé tant de marguerites dans tes silences.  Je te montrerai mon jardin et toutes ces fleurs qui ont lutté pour ne pas faner sous le désespoir de ton absence.

Je te parlerai de banalité.  Tu m’en répondras tout autant et nous sentirons, sur nos joues encore émues, la caresse d’un vent nouveau.  Tu sais, la poussière de marbre possède ce don étrange de nous recréer, sans failles et sans reproches,  parfaitement indemnes tels victimes tacites de l’oubli de nos passés meurtris.

Le vent nous recomposera, moi en Camille toi en Rodin.  Moi en Dhalia, toi en Romarin. Puis, pressé par le soleil qui attends, par la pluie qui ruissèle, par la vie qui nous échappes, tu repartiras, laissant dans mon jardin un peu de tes pas, un autre été sans toi…

Les 100 premières pages de L’Échoppe de Juliette enfin disponibles au format PDF.

L'Échoppe de Juliette

Bonjour à vous chers membres adorables du Comité de L’échoppe,

Afin de célébrer à la fois mon 20,000ième mot et la centième page de mon manuscrit, je vous offre celui-ci en format pdf.  Une toute nouvelle page couverture, une mise-en-page plus légère, bref un petit bijou à savourer.

En espérant que vous apprécierez le tout.

N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires!

Votre Juliette.

Téléchargement du Manuscrit de l’Échoppe au format PDF: manuscrit_echoppe_de_Juliette

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Les cloches de mon désert

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Autrefois, je les entendais teinter souvent dans le désert de ma vie. Le matin, presque tous les matins,  aux environs de 7h15, comme un accueil d’espoir dans une journée sans promesse.  Le soir aussi, souvent, mais moins,  dans ma traversée du retour, tel un verre de rouge qui apaise des lassitudes.  Les cloches de mon désert retentissaient même parfois  au milieu de la nuit, me dessinant ta douce présence quelque part dans le trop vaste univers. Grâce à leur mélodie, j’étais rassurée; ta vie se poursuivait et j’y étais encore la bienvenue.

Depuis peu, les cloches ne sonnent plus. Et, le fait qu’elles se soient tuent, m’assassine. Leur silence m’inquiète, me turlupine, me ronge. Mon cerveau s’est jeté dans une quête insensée de réponses.  Il n’accepte pas le vide. Il me laisse sans eau, sans nourriture, au beau milieu des dunes.  Abandonnée, triste, paralysée par la peur, mon oreille, pourtant, te guette encore…

Est-ce que sans le savoir tu aurais sonné le glas de notre amitié?  As-tu définitivement renoncé à ma présence sous quelques formes que ce soit (émotive, cérébrale, sensorielle)?  Peut-être est-tu simplement au cœur de violents orages et que, par empathie (car toutes autres raisons seraient sans doute interdites de mention) tu te fais discret?

Je voudrais juste comprendre le désert dans lequel tu nous as fait atterrir. Tu ne me dois rien.  Si ça se trouve, je me suis probablement apprivoisée toute seule. J’ai une imagination fertile à ce qu’il paraît.  Or, mes larmes n’ont rien de « kioute » comme tu t’amuserais si bien à le dire….Serai-je contrainte me noyer au cœur même de mon oasis?  Je t’en prie. Souffle encore sur les cloches de mon désert.  Donne moi la force de me relever pour franchir, même si c’est en rampant, les milliers de kilomètres pour te retrouver….

L’île des naufrages

Elle: J’ai l’impression de m’accrocher à tes rêves comme à des bouées de sauvetage.

Lui : Peut-être oublies-tu de rêver pour toi-même?  Regarde au fond de toi, ce que tu aimes, ce qui gonfle ta voile d’espoir.

Elle : Mes aspirations se tissent à même les minces filets de bonheur que je vis à travers toi, avec toi.

Lui : Ne t’encres pas à mon port.  Tu sais que tu auras du chagrin.

Elle : Je sais mais…

Lui : La mélancolie de tes vagues m’inquiète un peu.   Je ne voudrais pas être responsable de tes naufrages.  Ton ile n’est pas déserte car tu en es  le plus unique des trésors.

Elle : À quoi sert une richesse si elle demeure seule et triste au milieu de l’océan.  L’étincelle d’un diamant naît dans un regard, dans une larme d’admiration.  Sans toi, je ne suis qu’un grain de sable parmi les autres.

Lui : Tu as vécu avant moi,  tu vivras après moi…Cesse donc un peu d’écouter l’écho nostalgique de la mer dans un coquillage vide.

Elle : Je me heurte sans cesse à tes récifs.  Tes sentiments pour moi seront-ils à jamais tels des embruns se brisant inlassablement sur mes côtes?

Lui : Je suis hélas prisonnier de mes propres marées.  Éloigne-toi avant que mon incertitude se transforme en tempête !

Elle : J’attendrai avec sérénité le moment de mon naufrage alors.

Lui : C’est si triste un naufrage.

Elle: Ce n’est pas si triste si enfin je m’échoue près de toi!!

 

Les grands ménagements

Peut-être que je te ménages trop

Peut-être que je t’épargnes trop

Peut-être que je marche trop à pas feutrés pour ne pas te déranger

Peut-être que mon grand cœur ne t’aide en rien

 

Je voudrais que tu avances

Je voudrais que tu te tiennes debout avec forces et convictions

Je voudrais que tu cesses de tourner en rond

Je voudrais que tu arrêtes de reculer

Je voudrais que tu n’aies plus peur

 

Au fond je devrais t’envahir comme un cheval de Troie, sans crier gare

Au fond je devrais te dire que tes volte-face me blessent

Au fond je devrais te dire que tu as le choix

Au fond je devrais te dire que j’ai besoin de toi

 

Mais je vais me taire encore pour ne pas te perdre

Mais je vais rester dans ma tour pour ne pas t’envahir

Mais je vais peser mes mots pour ne pas t’offusquer

Mais je vais ravaler ma colère et ma tristesse pour ne pas te faire sentir coupable

Mais je vais attendre que tu refleurisse encore dans mon jardins d’espoirs…

Cinq traits de crayons rouge

Cinq traits de crayons rouge sur une cuisse. Cinq traits comme autant de mois passés à refaire un autre grand tour de notre manège.  Cinq traits rouges symbolisant ma honte, ma colère d’être à nouveau  victimes des circonstances.  

Notre histoire est un Phoenix qui s’embrase, se consume, s’éteint, pour mieux renaître au beau milieu de nos jeux de chimie, de physiques, d’imaginaires.  Nous sommes le témoignage d’un cycle élémentaire complexe qui a pris source à même les valeurs fondamentales de la nature, de sa vie, de sa puissance créatrice.

Or, rationnellement, nous ne sommes pas voués l’un à l’autre.  Il y a elle.  Il y a lui.  Il y aussi,  eux. Nous sommes responsables, intègres, loyaux.  Nous avons une réalité.  Nous avons fait des choix et nous avons l’obligation de les assumer.

Si, un jour, nous faisions preuves d’autant de loyauté, de responsabilité et d’intégrité envers nous-mêmes, je crois qu’il y aurait sans doute, un Nous.  Il y aurait nos fous rires.  Il y aurait la pluie.  Il y aurait la réglisse et les milliers de sous-entendus.  Il y aurait la magie perpétuellement renouvelée. Il y aurait des regards embués de tendresse.  Il y aurait des joues rougies de plaisirs.     Il y aurait des lèvres enfin rassasiées.  Il y aurait des cœurs, deux cœurs, enfin autorisés à battre en harmonie.  Et puis, il y aurait encore, sur une cuisse,  cinq traits de crayon rouge.

– Emmène-moi !…

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– Emmène-moi !

– Je t’emmène.

– Mais dis-moi où allons-nous ?

– Nous partons nous retrouver.

– Nous retrouver ?

– Oui, suis-moi !

– Tu sais, je te suivrai n’ importe où. L’endroit m’importe peu si tu es avec moi.

– Alors, viens! Détache les cordes qui te retiennent encore…

– Mais dis-moi, vers quoi nous dirigerons-nous?

– Nous marcherons vers le bonheur.

– Le bonheur ? Ne devrait-on pas galoper dans ce cas ?

– Nous le pourrions ! Pourtant, je souhaite que nous y allions sans hâte.

– Mais dis-moi, n’as-tu pas, tout comme moi, la fougue de t’y rendre ?

– Prenons notre temps. Il y a tant à voir, tant à goûter, sur ce chemin ensoleillé…

– Je suivrai le rythme doux de ton ombre dans ce cas.

– Tu ne me suivras pas.  Je ne te suivrai pas non plus. Nos marcherons côte à côte.

– Mais dis-moi, ne crains-tu pas les détours, n’as-tu pas peur des impasses ?

– Il est vrai que je ne suis pas très douée pour le bonheur.  Peut-être nous perdrons-nous.

– Mais dis-moi, ne pourrais-tu pas me faire la promesse que nous y arriverons un jour ?

– Je ne te promets rien.

– Comment pourrais-je ainsi avancer sans inquiétudes, sans certitudes?

– Tu le pourras si tu as confiance en moi, en nous.

– Mais dit-moi, et si je n’avais jamais appris à faire confiance?

– Je t’apprendrai.  J’apprendrai aussi.  Nous apprendrons.

– Sommes-nous prêts?

– Je ne le sais pas, mais je t’emmène avec moi.

– Je ne le sais pas non plus alors…emmène-moi !