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Autopsie d’une résilience

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« Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ». – Antoine de St-Exupéry

La vie l’habite encore. Or, vous devez en faire abstraction.  Désormais, vous devez plutôt apprendre à accepter le choix de son absence, de son silence. Trop souvent, il vous arrive de l’imaginer là, quelque part,  en train d’être, de vaquer, de butiner, de cultiver d’autres jardins, sans vous.  Votre ventre brûle de questionnements.  Pourquoi cette condamnation à mijoter cruellement dans la tristesse et la colère?  L’univers n’est-il pas censé offrir des réponses à nos souffrances?  Qu’avez-vous donc fait pour mériter un si mauvais sort? 

Votre muse s’est dissipée, muette, invisible dans les herbes hautes de votre incompréhension. Sortie de votre vie sauvagement, sans plus d’explications qu’un lourd silence réprobateur. D’abord hébété, puis doucement de plus en plus assombri, vous tergiversez aux bords des falaises de l’apitoiement. Pourtant, malgré les vertiges, une part de vous cherche viscéralement une part de logique à laquelle s’agripper.  Votre cerveau et votre cœur quémandent des preuves irréfutables pour justifier cette douloureuse confrontation.

Sous les conseils de votre famille, de vos amis, de votre thérapeute, vous décidez donc de vous investiguez. À froid, vous ouvrez impunément votre blessure en ciselant vos vieilles cicatrices dans l’espoir ultime d’y trouver quelques indices de votre innocence.  En fouillant furieusement dans votre charcuterie d’émotions, vous devenez l’archéologue de vos propres vestiges.  Vous souhaitez maintenant trouver bien plus que des réponses.  Vous êtes en quête de dénicher, coûte que coûte, les quelques parcelles encore viables de votre identité.

Or, tandis que votre corps, votre âme et vos pensées gisent béants sur la table de vos analyses, vous tentez encore de rétablir le contact entre les fils conducteurs de votre trame dramatique.  Vous  passez votre histoire au peigne fin, à rebrousse-poil, en décortiquant minutieusement chaque échange, chaque ambiguïté.  Vous constatez alors avec ou sans réel étonnement que, dans cette relation, vous avez toujours trop ou jamais assez. Si à certains moments vous avez manqué d’orgueil, d’autres fois,  vous n’avez pas fait preuve de la dose suffisante d’humilité.  Trop de fois vous vous êtes soumis  alors que, peut-être, sans doute,  vous auriez dû briller par votre indépendance. Bref, dans un sens comme dans l’autre, vous nagez en cercle autour de la case départ.  Lorsque vous êtes enfin fatigué, vous frappez un mur et vous laissez lentement couler dans le ciment.

Étonnamment, la prison de l’immobilisme vous donnera l’occasion de vous contempler, de vous déposer pour vous astreindre à accueillir l’infime partie en vous qui hurle son droit à la résilience.  Le temps passera et apposera un large bandage d’amnésie sur votre blessure.  Même les plus tenaces, les irréductibles avaleront à ce stade, l’amère pilule du lâcher-prise. Certes elle passera un peu de travers, mais, elle agira efficacement, et ce, avec ou contre votre volonté.

Sans trop de surprise, c’est encore le temps qui vous aidera à digérer les résidus putrides de votre situation.   Galvanisé d’espoir, le temps prendra l’allure d’une vitamine miraculeuse qui, en parcourant vos veines, s’attardera dans votre mémoire, dans votre cœur et dans vos tripes, encore un peu tordues, avouons-le, par le ressentiment. 

Lentement, sûrement, vous remontrez la pente.  Certains soirs, vous aurez l’impression loufoque de la grimper de reculons.  Mais certes, vous avancerez.  Un jour, votre estomac manifestera à nouveau l’envie d’y accueillir des papillons d’anticipation.   Vous y arriverez.  Vous aurez réussi.  Puis,  il y  aura  sur le mur cette petite ligne imaginaire.  Vous savez, celle que vous fixiez parfois pendant des heures les yeux dans le vide?  Oui, oui, celle-là!   Au fil des batailles, ce minuscule point dans le néant est devenu votre allié, le témoin privilégié de votre victoire face au passage de la faucheuse émotionnelle dans votre vie.  À jamais, il incarnera le souvenir de votre force dans la tourmente.  Mais, le plus étonnant, il vous rappellera comment, un jour, vous avez appris à grandir.

Julie Vigneault – Juin 2015

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Rocky le raton

 

 

Il était une fois, dans une grande forêt,  un raton qui prenait plaisir à se tenir en équilibre précaire sur les plus hautes branches des arbres les plus majestueux.  Ainsi perché, il avait une vue magnifique qui, en plus de lui permettre d’observer à loisir les êtres et les choses au-dessous de lui, lui confèrerait un lieu de sécurité hors du commun.

Le printemps était enfin arrivé et Rocky s’amusait à découvrir la complexité des bourgeons du grand chêne lorsqu’arriva, belle comme une marguerite au soleil,  une ratonne aux yeux de miel.  Curieux, Rocky demanda à Martin, son vieil ami le gai bleu, d’où venait cette beauté de rayures.  Contrairement à son habitude, Martin resta évasif aux questionnements incessants de son ami et lui répondit plutôt :

–          « Pourquoi ne descends-tu pas de ta branche pour aller lui demander toi-même ? »

–          « Descendre ?  Mais, tu n’y pense pas Martin !  Que pensera-t-elle de moi, petit raton n’ayant rien à offrir  que ma vue aérienne sur le monde et mes danses d’équilibriste? »

–          « Justement, renchérit Martin.  Peut-être sera-t-elle agréablement surprise de découvrir un raton qui sort de l’ordinaire, un raton de la stratosphère.

–          « Comme j’aimerai avoir l’azur de sa plume de mots! », pensa Rocky sous son masque d’ébène.

Mais, il lui semblait que malgré l’argumentaire délicieux de l’oiseau, il n’arriverait pas à trouver la motivation nécessaire pour le convaincre d’être d’un quelconque intérêt pour la demoiselle.

Ainsi, durant les jours qui suivirent, Rocky s’hasarda de plus en plus loin sur ses branches, les faisant plier si dangereusement parfois, que leurs craquements cultivaient des frissons d’inquiétudes chez les jeunes écureuils encore en apprentissage.  Or, contrairement à ce que certains pouvaient croire, les cabrioles de Rocky prenaient naissance non pas dans une surdose inquiétante de témérité, mais plutôt dans l’avidité du désir d’en connaître chaque jour un peu plus sur la jolie ratonne.

Las de recevoir de nombreux appels de détresse de la population animale inquiète d’une catastrophe arboricole, le gardien de sécurité de la forêt, Georges, le  vieux hibou, vola à la rencontre de Rocky.  Le fixant de ses grands yeux hypnotisant,  il s’adressa à lui de façon, ma foi, sans équivoque :

-« Écoute Rocky.  Nous savons tous que tu apprécies bien la présence de notre nouvelle résidente.  Il s’agit là d’une chose tout à fait compréhensible étant donné la nature qui vous unit.  Or, pour ta propre sécurité et pour celle des habitants de la forêt, je dois te demander de ne plus t’aventurer sur les branches qui présentent un diamètre inférieure à celui de 10 printemps.  Est-ce clair ?? »

Le stress provoqué par la visite du hibou, laissa Rocky complètement muet, interloqué, paralysé. Il acquiesça simplement de la tête en retournant, d’une patte désespérée, dans le creux confortable de son arbre.  Humilié de s’être fait prendre à une gourmandise d’éclats de bonheurs, lui qui était à l’ordinaire si sage derrière son rideau de feuilles, il resta ainsi caché durant plusieurs jours.

Inquiets de ne plus le croiser sur le bord de la rivière, Thomas, l’ours bien léché, se rendit chez Rocky et secoua son arbre de ses pattes brutales.  Éveillé en sursaut, Rocky risqua à peine son petit museau inquiet en dehors de sa tanière.  Thomas rigola en constant le manège :

-« Voyons Rocky ! Qu’est-ce qui se passe avec toi ? Je t’avouerai que ça me manque beaucoup que tu ne viennes plus taquiner la truite légère avec moi comme à l’habitude !!  Allez sort de là !!! »

– « Je ne peux pas! », lança le raton d’une voix timide. Tout le monde croit que je suis devenu fou !!! »

– « Écoute, si tu ne te montres pas, c’est moi qui irait te rejoindre !!, grommela l’ours un peu las des caprices de son ami.

-« Noooon! » s’exclama Rocky craignant que le poids de Thomas ne le fasse tomber de son refuge.  J’arrive ! »

Aveuglé par un soleil qui voulait pourtant lui offrir sa chaleur réconfortante, Rocky se montra enfin.

–          « C’est pas trop tôt ! Tu es malade ? » demanda Thomas de sa voix de baryton.

–          « Oui un peu, répondit Rocky.  Dit aux autres  que je souffre d’une « curiosyte aïgue ! »

–          «  Une quoi??? s’interrogea Thomas à voix haute mais comprenant aussitôt l’origine du mal dont était affligé Rocky.  Ahhhh! Tu veux dire que c’est la mamzelle au masque doux qui te travaille ? »

Si un raton avait pu rougir, Rocky aurait certes été, à ce moment là, le premier de son espèce à en faire la démonstration.  Mais, comme seul lui en avait le secret, il se lava bien vite les mains de la situation et s’élança plutôt dans une esquive astucieuse.

« Tu as tout faux Thomas.  Elle n’a rien avoir là-dedans.  Je me trouvais grassouillet et j’ai décidé de faire plus d’exercices dans mon arbre.  Visiblement que les autres ont été « dérangé » par mon agilité légendaire.    Au fond, je ne suis que la victime de leur jalousie…Voilà ! »

Thomas éclata d’un rire si gras, qu’un nid d’abeilles, craignant une alerte majeure, se vida tout d’un coup. Un torrent de miel s’écoulait maintenant sur la tête de Thomas, tout sourire.

« Regarde comme la vie est belle Rocky, poursuivit Thomas en dégustant un pain de miel arraché  spontanément au nid à peine déserté. Les choses suivent leur cours.  La nature nous offre parfois tout simplement ses plus belles victuailles lorsqu’on se décide à changer un peu notre perspective habituelle. Si j’avais attendue que le miel tombe du ciel, ne crois-tu pas que mon attente aurait duré des centaines de printemps.  Et pourtant c’est arrivé! Ne crois-tu pas qu’il est grand temps que tu renoues avec ta véritable nature?»

Rocky trouva que Thomas avait encore une fois bien raison, compte tenu du contexte.  Mais, pour lui, la simple idée de descendre de son arbre pour aller à la rencontre de la jolie ratonne ne pouvait cadrer dans le même créneau de magie.

–          « Laisse-moi réfléchir à tout cela, lança Rocky avant de retourner dans sa cachette.  Je te promets que lorsque la lune sera pleine, je pourrai te répondre ! »

–          « Comme tu voudras, répondit Thomas la bouche pleine.  Mais pas plus longtemps !  Si tu n’y es pas, je te promets que je te descendrai de là de gré ou de force !!! »

Thomas s’éloigna en laissant un Rocky bien perplexe.  Comme la lune,  il passera les prochains jours suspendu dans le ciel de son arbre à se poser bien des questions, mais surtout à espérer trouver bien des réponses….

Rocky le raton – 2e partie

Juliette la ratonne avait beaucoup voyagé dans sa tête.  Depuis son arrivée, par un tendre matin d’avril, elle s’assoyait ainsi chaque jour au pied du grand chêne ou, durant des heures, elle racontait des histoires empruntées aux contes des mille et une nuit, aux légendes celtiques ou aux grandes mythologies.  Subjugués par les harmonies de sa voix musique, les animaux accouraient alors de partout pour venir l’écouter, mais surtout pour pouvoir voyager un peu avec elle sur des tapis de mots volants.

Or, lorsque Juliette décidait de raconter l’une de ses propres histoires, une sorte de magie envahissait soudainement la forêt.  Cachés entre les arbres, couchés sur les lits de mousse ou bien à l’abri sous une pierre, les mots de Juliette se semaient un peu partout, faisant éclore au passage des fleurs aux parfums mirobolants.  Certains disaient d’ailleurs que Dame Rivière avait même failli causer une catastrophe tant elle  en avait gardé dans son lit pour la réconforter par ses soirs d’insomnie !

Ainsi, vous vous en doutez bien, certains mots de la ratonne s’étaient furtivement faufiler jusque dans l’oreille, déjà tourmentée, de Rocky le raton. De ce fait, il voulait toujours en connaître davantage sur  leurs origines  mais, le plus important, il voulait tout comprendre sur leur étrange pouvoir.  C’est ainsi que, depuis des jours, discrètement installé sur la branche la plus haute, il écoutait, buvait chacune des paroles prononcées,  les laissant s’infiltrer en lui comme la pluie douce sur une terre assoiffée.

Ne voulant pas le brusquer ou l’offenser, Juliette faisait mine de ne pas remarquer la présence de cet oiseau étrange.  Parfois, elle s’amusait à pointer le ciel dans sa direction, comme pour annoncer la venue d’un ange.  Les enfants, amusés, scrutaient alors les nuages dans l’espoir d’y voir apparaître la fabuleuse créature. Pourtant, ils n’y voyaient rien d’autres que Rocky le raton, timidement perché sur sa branche.

C’est donc comme cela que Rocky était devenu, à son grand étonnement,  l’ange de bien des histoires.  D’abord il avait cru que Juliette avait pointé dans sa direction par simple hasard, puis, voyant le phénomène se répéter à plusieurs reprises, il craint d’être la victime d’une quelconque magie noire.  Il s’étonna de penser que Juliette était peut-être même une sorcière ayant la capacité de se transformer en ratonne pour mieux jeter un sort aux animaux de la forêt !!! Ouf !!!

Mais, Juliette la ratonne avait plus d’un tour dans son sac.  Si elle voulait enfin apprivoiser Rocky le raton, elle savait qu’elle allait devoir user de beaucoup d’imagination.  Un jour, elle décida donc de chuchoter ses histoires.  Elle expliqua la chose par une intention, toute noble, de ne pas vouloir éveiller tous les spectateurs ayant déjà trouvé leur place dans les bras de Morphée.  Elle souhaitait ainsi que Rocky, piqué dans sa curiosité, n’ait plus d’autres choix que celui de descendre enfin de son arbre !!!  Malheureusement il n’en fit rien.  Et pis encore, il reçu même un avertissement de Maître Hibou pour avoir pris trop de risques  en voulant s’approcher de trop près tout en restant sur une branche !!! Pffff!

Juliette  comprit alors qu’il lui faudrait se trouver des alliés pour réussir à sortir Rocky de son refuge.  Elle se fit donc ami avec l’ours Thomas avec qui, en plus d’avoir droit à de délicieuses truites au miel, elle put préparer le son plan ultime.

Quand arriva la pleine lune, Rocky craignit le pire.  Durant les derniers jours, il avait remué le ciel et la terre. Il avait brassé les remues et les méninges.  Il avait songé à mille perspectives, à mille scénarios,   sans jamais y trouver une parcelle de courage suffisant pour descendre.  Assis sur sa branche, le pelage scintillant de milles reflets argentés sous les rayons de l’immense boule de lumière, il vit arrivé au loin l’ours Thomas.  Un frisson lui glaça le dos.   Quelle humiliation il s’apprêtait bientôt à subir alors que, devant toute l’audience réunie pour ce qui s’avérait être la plus belle histoire de Juliette, il serait à jamais détroussé de son refuge.

Mais, s’il y a une chose sur laquelle Rocky avait eu presque raison, c’est sur le fait que Juliette la ratonne pouvait parfois utiliser la magie !!! Elle commença donc ainsi :

–          « Il était une fois, sur un arbre perché, un mignon petit raton que l’on nommait Rocky!!! »

Rocky qui écoutait d’abord d’une oreille distraite n’en cru pas ses…heu…oreilles….Elle parlait de lui !! Cette histoire parlait de lui !!! Il s’approcha un peu….

–          « Rocky était en fait un Prince qu’une vilaine sorcière avait un jour transformé en sympathique raton laveur » enchaina Juliette.

–          « Moi un Prince ??? Ohhhhhh!!!! »,  se dit Rocky interrompant son pas.  Mais c’est incroyable !!!

–          « Or, pour recouvrir son apparence, Rocky devait retrouver trois ressources essentielles.  Premièrement, l’affirmation de soi, deuxièmement le courage et troisièmement la foi.

–          « La foi? Mais la foi en quoi? », questionna Rocky, sans se rendre compte qu’il était enfin descendu courageusement et fièrement de son arbre !

Juliette lui répondit, faisant briller ses yeux de milles feux de joies :

« La foi en toi mon Prince, la foi en toi !!! »

FIN.

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Le fruit du baobab…

Je ne croyais jamais qu’un jour j’aurai l’occasion de goûter le fruit du baobab. Il s’agissait pour moi d’un rêve inaccessible car, toute jeune, j’avais écouté précieusement les conseils du Petit Prince et je m’étais employée à éliminer systématiquement toutes les moindres pousses de cet arbre envahissant. Or, sur d’autres planètes, les baobabs font pousser les fruits de la vie. Ainsi, pour celui qui vit au pays des zèbres, il ne viendrait jamais à l’idée de faire disparaître les racines de cet arbre béni. J’avais là une leçon à apprendre; ce qui est mauvaise herbe pour l’un peut également être une richesse pour l’autre….

Je posais donc sur ma langue le fruit avec une légère appréhension…Allais-je être frappée d’un quelconque malaise? Allais-je être confrontée à un nouveau goût de l’interdit ? Après tout, je ne connaissais rien de ce fruit sinon que quelques traits issus d’une représentation chimérique d’un auteur affectionné…

Le goût me parvînt comme la réalité rejoint un jour l’imaginaire…Certes, je fus un peu surprise de l’amertume…Sans doute prenait-elle sa source dans la fausse croyance que je venais de réveiller….Mais, derrière l’acidulé du fruit se cachait d’autres secrets. Dessous sa pelure lisse et dorée, le morceau était sec, terne, un peu triste. Chaque morceau du fruit, que les sénégalais appelle le « pain de singe », ressemblait étrangement aux petits cailloux blancs laissés derrière le petit poucet pour retrouver sa route. Mais, ce qui m’étonna encore plus, ce fut de constater le réseau complexe qui parcourrait l’unicité de chaque parcelle; des petits fils rouges passant dedans, dessus, dehors, comme une ramification de fragiles fils électriques. J’eu la drôle d’impression que par ses sanguins chemins le baobab communiquait à son goûteur l’essence même de son énergie vitale. J’eu aussi le sentiment plus particulier que le fruit, de sa par nature, contenait une colère sourde, un ressentiment, qui l’empêchait d’avoir au-dedans, toute la douceur, toute la force, du dehors.

Mais voilà, j’ai appris à aimer le fruit du baobab comme j’ai appris à aimer les saisons. Que serait le printemps sans ce mélange de soleil, de floraison et de naissances verdoyantes sans le juste équilibre des bourrasques, des pluies et des giboulées? Que serait la quiétude de la nuit sans la course trépidante des gazelles du jour? Que serait la joie, le bonheur sans leur Némésis de peines?

J’apprécie la complexité de la vie car c’est par elle, par ses contrastes d’ombres et de lumières que je constate toute la beauté de l’unicité. Je souhaite donc aller au-delà des apparences, au-delà de la pelure lisse et brillante pour savourer le fruit, tout aussi amère et sec puisse-t-il être car c’est ainsi que je goûterai réellement toute sa splendeur…

Julie des Baobabs…

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La Force d’impact –

Nous passons. Nous apparaissons dans la vie d’un être tout aussi unique que nous-mêmes sans de douter que parfois, nous y laisserons une marque indélébile. Nous surgissons de nulle part, nous sommes présentés et deux vies s’en trouvent altérées. Mais qui décide de la force d’impact que nous avons dans la vie d’un autre individu?? Existe-t-il un puissant réalisateur, qui, scénario en main, peux déterminer, hors de tout doute, le rôle que tiendra la dame au chapeau rouge ou le beau jeune homme qui prend place près de vous dans la salle de classe??

Selon certaines philosophies, chaque être qui croise notre destinée possède sa mission propre. Nous rencontrons ainsi des dizaines et des dizaines d’individus qui, par le biais d’échanges plus ou moins intenses façonnent, sculptent, nivellent ou déstabilisent notre personnalité. Ce coefficient d’intensité se présente généralement sous la forme d’un degré d’impact. Or, devons-nous être totalement responsables de du degré d’impact que nous avons dans la vie des gens que nous croisons??

Bien sûr, nous savons qu’il existe des choix et donc des conséquences à tout acte. Nous avons ainsi, lorsque nous sommes suffisamment éveillés ou humble pour le reconnaître, l’obligation morale de faire preuve d’authenticité, de bonne foi et d’honnêteté.

Rien ne sert de marquer inutilement d’un sillon profond, la vie d’une personne pour qui nous n’éprouvons rien, sinon que de la sympathie momentanée. Mais, qu’en est-il de l’envers de la médaille?? Pouvons-nous être responsable de la perception des autres vis-à-vis notre essence?? Certes, il peut arriver qu’un individu soit fasciné ou curieux face à un autre, mais le fait d’être ainsi considéré oblige-t-il son bénéficiaire à une quelconque obligation face à l’autre, si minime soit-elle??

Personne n’a le pouvoir de contrôler totalement la perception des autres. Pourtant, nombre de prétextes s’y prêtent; On ne veut pas être aimé parce que l’on peut créer des situations perturbantes pour celui qui nous imagine nageant allègrement dans sa soupe. Nul n’apprécie le sentiment désagréable d’avoir brisé un ménage, d’avoir bouleversé quiconque sous le seul prétexte d’avoir été soi-même.

À cet effet, nous avons tous en mémoire une des scènes marquantes du film « Fatal Attraction » ou une Glenn Close, passionnée et hystérique, fait tout pour l’objet de son amour. Ce genre de film cultive en nous un sens déraisonnable de la responsabilité que nous avons face aux autres. On ne se laisse plus aimer par peur d’avoir trop d’influence sur la vie de l’autre, étonnant n’est-ce pas?

Il va de soi, que dans un cas de non réciprocité, le bon sens nous dicte de ne pas arroser le germe d’intérêt que semble nous témoigner l’autre. Cela s’appelle de l’empathie. Il arrive pourtant, des situations ou, pour des raisons d’égoïsme ou de flatterie, nous ne pouvons nous soustraire à ce sentiment rafraîchissant d’admiration.

Il faudra pourtant, à un moment ou un autre, revenir à la base et briser l’illusion. Dans le cas contraire, nous créons des relations fausses, douloureuses mais surtout mensongères. Aimer parce que l’on est aimé n’est rien d’autre qu’une duperie de notre ego. Or, lorsque nous nous empêtrons les pieds dans ce type d’engrenage, il peut arriver que nous ayons comme seule issue celle de nous mentir et de nous mentir encore jusqu’à ce que l’autre apprenne la vérité : l’amour était à sens unique.

Cependant, qu’advient-il de notre responsabilité si d’emblée, nous avons fait preuve du plus d’honnêteté possible? Si nous ne savons nous-mêmes la nature réelle de notre sentiment, devons-nous, sous prétexte d’épargner de la tristesse à l’autre, fermer toutes les portes d’une éventuelle relation?? Le sabotage est-il devenu l’issue par excellence de la peur de l’engagement?? Seul les devins, et encore, peuvent prédire hors de tout doute, la destination ultime d’une relation, et ce, tant amoureuse qu’amicale.

De multiples facteurs entrent en jeux. Parmi ces facteurs, les circonstances tiennent la place d’honneur. Certains événements, qui jusqu’ici nous avaient tenu à l’écart d’une personne, en apparence sans importance, change totalement notre perception de cet individu. Nous lui trouvons soudainement de nombreuses qualités, de multiples points communs, une beauté spéciale. Qu’advient-il de notre position de départ si nous l’avions d’emblée mis au rencart parce qu’aucune garantie nous pouvais être donné sur cet enjeux relationnel. Nous devenons alors notre propre saboteur??

Laisser le libre arbitre constitue la seule solution équilibrée dans ce genre de situation. Les deux parties impliquées pourront ainsi choisir d’augmenter ou de diminuer le coefficient d’impact de l’autre dans sa vie. La relation revêt alors les attributs de la franchise, de la transparence mais surtout de la confiance. Tant l’amitié que l’amour ont besoin de cette confiance au bonheur.

Cessez d’être soi, couper des liens, fermer des portes, sous prétextes que nous voulons épargner de la peine aux autres est une utopie. Choisissons plutôt les voies de la spontanéité, de la réceptivité et du courage. Car, nul ne sait vers quelle belle rivière peux mener une simple goutte d’eau.

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L’AUTEUR DES TEMPS MAUVAIS

Un jour, dans un endroit un peu étrange de l’univers, vivait un homme au talent inédit. Dans sa cabane de bois, confortablement isolée des bruits de la ville, s’entassaient des tonnes de livres. Le facteur du village, bavard à souhait, racontait d’ailleurs qu’il recevait chaque jour, plus d’une dizaine de bouquins, d’un peu partout dans le monde. En fait, sans en connaître la véritable provenance, tous s’accordaient à dire que toutes les plus belles fables, tous les plus merveilleux contes, toutes les plus magiques histoires finissaient un jour ou l’autre par lui être envoyées. Que faisait-il de tous ces livres? Ça, personne ne le savait.

Chaque matin, aux aurores, l’homme choisissait, au hasard, une histoire dans l’une de ses nombreuses bibliothèques. Il montait ensuite à l’étage, se préparait une tasse de café brûlant et entreprenait la lecture sommaire de l’œuvre choisie. Puis, il réécrivant le tout s’assurant que la fin y soit éminemment malheureuse. C’est que, voyez-vous, l’homme cachait un grand secret : il lui était impossible de concevoir des fins heureuses. Aimant la compagnie des livres et leur apport nourricier, il s’avérait impensable pour lui de s’obliger à subir constamment les déferlements émotifs de tous ces dénouements exagérément heureux, si typiques aux contes de fées. Pourquoi diantre tant d’esclandres d’irréel ? Pourquoi tant de bonheurs futiles alors que la vie ressemble bien plus à un amas de tristesse, à un monument de morosité?

Mettant à profit son talent d’écriture, il entreprit donc de devenir l’auteur des temps mauvais. Grâce à son apport réaliste, le vilain petit canard ne devint donc jamais un cygne et mourus triste et esseulé sur le bord de son étang. La belle au bois dormant ne s’éveilla jamais non plus sous le doux baiser de son prince charmant. Il en choisi plutôt une autre, plus belle, plus éveillée, avec laquelle il aurait volontiers partagé sa vie s’il n’avait pas été bêtement tué par la ruade d’un cheval sauvage.

Pinocchio, pour sa part, continua de mentir, si bien qu’il ne devient jamais un véritable petit garçon, reléguant du même coup la fée bleue aux oubliettes. Comme si ce n’était pas suffisant, Jiminy Grillon se morfondit pour le reste de ses jours dans l’amertume et la culpabilité de ne pas avoir pu transmettre efficacement ses conseils à l’entêtée marionnette.
Étonnamment, les chasseurs arrivèrent à temps pour ouvrir le loup et délivrer le petit chaperon rouge et sa grand-mère. Mais, la scène se termina dans un rituel funeste ou les deux protagonistes furent trouvés morts et digérés depuis longtemps. Même Cendrillon, n’eut aucune aide pour terminer sa robe de bal. C’est plutôt la plus affreuse de ses demi-sœurs qui, fut l’heureuse élue et mena avec le prince une vie de violence et de pauvreté. Et, il en fut ainsi pour des dizaines et des dizaines de contes, de légendes et de fables.

Chaque soir, convaincu de la justesse de sa démarche, l’homme s’endormait l’esprit paisible, le cœur sans éclats sur un nouveau livre tristement transformé. Mais, en aurait-il ainsi s’il avait su l’impact réel de sa mission si égoïstement accomplie ?

Ailleurs, à l’autre bout des mondes, un jeune garçon revenait de sa classe le cœur gonflé d’espoir. Après des semaines passées à désherber le jardin de Mme Fleurette et à promener le chien de M. Schnauzer, il avait enfin réussi à économiser assez d’argent pour se procurer son livre préféré, l’histoire magique d’Hansel et Gretel.

Alors qu’il était enfant, son grand-père avait pris l’habitude de la lui raconter tous les soirs, imitant tours à tours la voix sordide de la sorcière puis l’euphorie contagieuse des enfants enfin libérés. Or, le grand-père les avait quitté, sa sœur et lui, quelques mois plus tôt, emporté par une épidémie de fièvre espagnole. Il s’agissait donc maintenant bien plus que d’une histoire Il s’agissait de faire revivre, en lui, l’espoir d’une vie triomphant enfin de la mort.

Le livre bien à l’abri dans son parka, il entra chez lui en coup de vent. Sa sœur soupira d’exaspération sous l’amoncèlement de neige qu’avaient laissé ses bottes sur le tapis fraîchement balayé mais, elle se retint de le gronder. Elle se contenta de l’observer du coin de son œil amusé tandis que le jeune lecteur se réfugiait, tout près du feu, en plongeant dans l’histoire de ses souvenirs, des yeux ronds de bonheur.

Pendant ce temps, chez l’auteur des temps mauvais, la bouilloire sifflait une nouvelle victoire. Tout en infusant son thé, l’auteur se leva pour remettre en place le livre de la journée. Sur la couverture rouge, on pouvait y lire en grandes lettres dorées, Hensel et Gretel.

Plusieurs d’entres-vous auront sans doute bien envie de prendre ici une pause, question de pouvoir se préparer mentalement à la suite de cette histoire. Beaucoup prieront aussi intérieurement pour qu’un événement inattendu survienne épargnant au jeune garçon les foudres du mauvais sort jeté sur son livre tant aimé. Certains, les plus utopiques, souhaiteront même à l’homme un coup d’esprit repentant qui, grâce à la découverte d’un crayon magique, redonnerait à tous les livres la fin heureuse qui leur était destinée…

Mais, ne rêvez pas trop. Il n’y a pas de bonne nouvelle. Cette histoire est passée il y a des lunes déjà sous le scalpel morose de l’auteur des temps mauvais. Alors, mieux vaut se résigner à la suite des choses…

Le jeune lecteur resta un long moment interloqué devant le conte qui jadis, l’avait tant fait rêver. Se pouvait-il que, dans son imaginaire d’enfant, il ait pu modifier intérieurement la fin pour la rendre plus joyeuse. Pire, était-ce possible que son grand-père lui ait « gentiment » menti pour lui épargner la triste réalité du conte ?

Les yeux baignés de larmes, il referma le livre et entreprit de le lire une nouvelle fois du bout des doigts, effleurant chacun des mots pour mieux les ressentir. Il examina aussi longuement les détails de chaque image. Il s’efforça de reconnaître particulièrement cette scène ou la sorcière, ricanant de ses trois dents, se félicitait d’avoir si divinement apprêté les deux enfants. Mais, rien ne ressemblait à rien. Qu’était-il advenu du courage, de la complicité et par-dessus tout la magie ?

Il sentit peu à peu son cœur se refroidir. L’issue aurait sans nul doute été fatale si sa sœur n’avait pas lancé, à sa vue, un cri d’effroi. Elle lui ordonna fermement de refermer le livre mais, les dommages étaient déjà bien apparents. Son frère venait de vieillir de près de trente ans en moins de trois minutes et les rides qu’il avait maintenant à ses yeux, traduirait à jamais sa lourde déception.

Fier d’avoir offert à la sorcière un festin beaucoup plus à propos, l’auteur alla quant à lui se mettre au lit. Il souffla la bougie mais, le sommeil ne vint pas. Lui, ordinairement si calme sentait l’angoisse le guetter, là dehors, comme un ennemi qui vous observerait en silence, derrière une fenêtre. Il se résonna enfin et se recoucha convaincu des nombreux avantages du dramatique de sa propre fin. Sa mort, aussi macabre soit-elle, aurait au moins le charme réaliste de ses plus morbides écrits.

Or, cette nuit là, il n’arrivait plus à dompter les dragons de ses insomnies Il se releva donc et joignit l’inutile au désagréable en choisissant dès lors, le conte du lendemain. Son choix s’arrêta sur un bouquin dont les nouvelles issues fatalistes seraient tout simplement délectables : Le Chat botté. Croyant à tord que son esprit se reposerait enfin à l’idée de son éventuel travail, il souffla à nouveau la bougie et attendit le sommeil. L’entreprise fût une nouvelle fois ans succès. Résolument résigné, vicieux comme un pléonasme, il sortit finalement sa plume et commença la réécriture nocturne.

Puis, l’impossible se produisit. En un clin d’œil, toutes ses métaphores pessimistes avaient été changées pour des moments heureux, des allusions délicates, des images doucereuses Il posa un instant sa plume pour examiner méticuleusement le manège. Il semblait que celle-ci lui écrivait, à lui, remplaçant un à un, ses mots par d’autres beaucoup trop jolis. Égoïsme céda ainsi sa place à partage, grisaille à arc-en-ciel, questionnements à certitudes, et pire, solitude à amour…

La plume, sous l’emprise d’une évidente euphorie, lui parlait soudain de lunes pleines, de plaisirs gourmands et de voyages mystiques. Il crut un moment en sa propre défaillance. Le manque de sommeil le terrassant sans doute d’hallucinations. Dans un élan de colère, il déchira le livre et brisa sans remords sa plume favorite. Il choisit un autre livre, Blanche Neige, et remplaça la défunte plume par une toute neuve, vierge de tout présupposé enchantement. Il la trempa nerveusement dans l’encrier à de trop multiples reprises, tentant désespérément de reprendre son pouvoir sur les mots en créant des tsunamis d’encre noire.

Il rehaussa d’amertume toutes les plus plates images. Il ajouta de l’indifférence à la fatalité des adjectifs. Il suspendit plus que nécessaires des points au bout des phrases pour leur donner une lourdeur insoutenable. Or, rien n’y fit. Le papier finissant immanquablement par se peupler d’oiseaux à la légèreté attachante qui se déposaient malgré lui sur la corniche de son cœur. Il passa ainsi tout le reste de la nuit à se questionner sur l’émergence de cet inattendu déluge d’émotions, le cœur à demi-noyé, à demi-ressuscité par tant de fulgurantes métaphores.

Au matin, la jeune sœur de notre lecteur prépara de savoureuses crêpes au beurre et du jus d’agrumes fraîchement pressés. Des ombres de fatigue inventaient des plages sous ses yeux mais, ses lèvres s’humectaient d’un doux sirop de satisfaction. Elle avait en fait passé toute la nuit à écrire des alexandrins, des allégories, des ritournelles et des récits à l’auteur du livre maléfique qui, la veille, avait impunément terrassé son frère.

Sans savoir si celui-ci reconsidérerait le dénouement malheureux du conte, elle était toutefois persuadée d’avoir su trouver le ton parfait pour entrebâiller ce qui lui semblait être, le plus fermé des cœurs. Après avoir relu une dernière fois ses offrandes littéraires, elle parfuma sa lettre d’un léger parfum de pêches et se dirigea vers le bureau poste, l’esprit en fougue.

L’auteur des temps mauvais ne vit pas le matin s’installer. La tête bourdonnante, les sens en dévire, il entama son cinquième café. Il se devait de prendre appui pour éviter de chavirer complètement sous l’influence de ce vertige. L’idée ne lui vint pas d’exulter sa défaillance par l’écriture d’une autre fin tragique. Il n’en avait tout simplement pas la force. Il se sentait lui-même victime du plus rocambolesque des synopsis. Car, bien qui ne l’avouerai jamais, pas même sous l’esquisse d’une scène adorablement fignolée de tortures extrêmes, il avait été touché, droit au cœur. Toutes ces certitudes les plus solidement ancrées, s’en trouveraient éternellement ébranlées.

L’homme se sentait fendre de l’intérieur. Les mots de l’anonyme avait eu ce double tranchant qui ne laisse aucune chance à ses victimes. Paralysé par la peur de céder à sa propre vision chimérique, la faille, en lui, céda. Replié sur lui-même en un dernier soubresaut d’égocentrisme, il assista, impuissant, au plus dévastateur des tremblements de cœur.

Par la voie d’une quelconque magie littéraire, la lettre est un jour parvenue à destination. Le facteur eut beau frapper à plusieurs reprises, l’homme ne lui ouvrit plus. S’est-il écoulé des jours, des semaines, voire des années avant que vous ne lisiez ces lignes? Peu importe pourvu que vous appreniez un jour le tragique destin que fut celui de l’auteur des temps mauvais.

Avouez, que durant un instant vous aviez presque oublié que cette histoire avait été ponctuée de sa touche fataliste? Vous auriez souhaité qu’il accepte ce renouveau intérieur, qu’il le laisse fleurir en lui. Qu’en recevant la lettre, il décide de partir à la rencontre de la belle unissant l’équilibre de leurs mots en un baiser passionné. Mais, cessez donc de rêver, que de gaspillage de temps et de capacités intellectuelles !!! Pffff!

Encore aujourd’hui, on raconte qu’il exerce son talent fou à ne pas être heureux. Il reste confortablement assis à se bercer au gré de l’angoisse qui a troqué le domicile de ses histoires, pour l’intérieur confortable de sa conscience. Au fait, rendez-lui service. Ne vous morfondez pas trop d’inquiétudes pour lui car, cette triste fin, après tout c’est lui qui en est l’auteur.

FIN

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Le Banquet des affamés

«Le Banquet des Affamés»

Vivre le moment présent c’est vivre son essence dans toute sa splendeur. C’est parfois le retour d’un équilibre perdu ou dans une tergiversation momentanée nous avions mis au rencart des éléments essentiels du respect de soi. Les saveurs de ce retour aux sources sont aussi diversifiées qu’une table de banquet ou chacune de nos expériences tient lieu de mets délectables. Or, l’abondance, voire la surabondance de ce menu nous place indubitablement devant des choix. Choisirons-nous le jeune, la gourmandise, la satiété ou la dégustation ? Vivrons-nous intensément ce moment présent de satisfaction ou jouerons-nous plutôt la carte de la raison ?

D’emblée, si nous laissons notre subconscient guider nos impulsions, la passion nous dictera de mordre à belles dents dans cette opportunité de grande jouissance gustative. Afin de préserver la magie du moment, nous établirons même quelques rituels. Nous saisirons l’assiette avec une tendresse marquée, prenant soin de la garnir d’une belle variété de couleurs et de saveurs. Nous voudrons créer l’équilibre parfait entre les frissons du sucre, le pincement léger du sel et la chaude sécurité des miches de pain. Et, tandis que nous nous appliquons à agencer ces merveilleuses victuailles nous faisons l’expérience du moment présent sans penser à autre chose que le bonheur des parfums sur notre langue à l’affût.

Pourtant, tandis que les nectars s’infusent en notre âme et que le craquant des fruits nous procure un sentiment d’euphorie momentanée, du plus profond de notre tête fromagée resurgit l’inconscient. Et si nous étions en train de commettre une erreur?? Et si nous étions en train de vivre trop intensément le moment présent?? Les questionnements resurgissent des abysses de la peur. Soudain nous craignons l’amertume des raisins, nous avons la frousse à l’idée que la pomme ne nous cause des pépins. Nous regardons les huîtres en nous disant qu’il vaudrait bien mieux se refermer. Lentement, ainsi, nous déposons notre assiette en évoquant la trop grande intensité du moment présent.

Les regrets sont le dessert d’un banquet de cet acabit s’ils ne sont pas immédiatement transformés en sorbet de certitude. Nous devons alors prendre un pas de recul pour constater avec stupeur que nous avions entamé ce repas avec le désespoir de l’affamé. La faim de vie, l’envie de dévorer ces brioches de bonheur nous ont pris par surprise. Car, sur cette grande tablée de circonstances, nous avions oublié un élément essentiel. Le partage. Les repas les plus exquis n’exultent leur magnificence que s’ils sont consommés dans l’échange, dans le respect et dans la confiance.

Les yeux rivés sur le plafond de la spontanéité, nous tentons alors de rectifier les choses. Nous reprenons lentement notre assiette et nous nous assurons que les aliments de notre convoitise auront la même saveur peu importe qui les consomment. Nous sortons de notre égoïsme et nous nous édifions en constatant les perceptions de l’autre. Avec humilité nous apprenons qu’il n’y a rien de moins sûr qu’un citron, que les pires navets peuvent avoir du piquant et que mieux encore, nous pouvons avoir les yeux tout aussi pétillants que la panse.

Une fois rassasié, nous digérons lentement ce moment de gloire de l’âme. Nous sommes fiers puisque nous avons eu le courage de nous mettre à table. Nous avons mordu dans la vérité avec l’espoir qu’elle ne serait pas trop amère. Les coupes de l’authenticité se sont vidées, puis remplies à nouveau avec la foi que chacun accorderait une attention particulière à ne jamais les faire déborder. Certes, nous ne connaîtrons jamais parfaitement chaque miette de pain, chaque noyau de pêche ou chaque bulle de champagne, mais nous faisons désormais confiance à la vie pour nous faire découvrir toutes les différences.

Dans le grand palais de la gourmandise, il existait jadis une grande pièce que l’on appelait le banquet des affamés. Une grande porte de bois s’élevait devant les tables garnies de milles friandises. Depuis notre passage, la porte demeure à jamais entrouverte. Parfois, lorsque le cœur nous en dit ou que la faim nous tenaille, nous nous permettons de humer les parfums fantasmagoriques de notre idéal. Car, nous savons de part et d’autre que si nous avons envie de prendre part au banquet, nous y serons à jamais les bienvenus

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Les questions casse-tête ?

 
Déjà, en lisant ce titre, l’une d’entre-elle a sûrement vu naissance quelque part dans la grande voûte de votre curiosité. Ce n’est d’abord qu’une question parmi une autre, banale en apparence mais pourtant non dépourvue de sens. Or, si elle mérite d’être posée, ne mérite-t-elle pas aussi d’y être répondue? Qu’advient-il de toutes ces questions que nous nous posons l’espace d’un court instant et que nous laissons là, suspendue, faute d’avoir été rassasiée par une réponse convenable?
 
Pour répondre à cette question il faut d’emblée mettre à profit le principe même que nous cherchons à comprendre. Ainsi, les questions qui fusent dans notre esprit obéissent parfois à une certaine logique de temps. De l’âge des pourquoi incessants du début de l’enfance en passant par l’émergence des grandes questions existentielles de la trentaine, les questions sont là, un peu comme des bouées, des balises, mises à notre disposition lorsque le périple de notre vie nous bouscule un peu trop.
 
PASSÉ
 
Parfois elles sont empruntées au passé. Elles prennent alors le ton des regrets, des avenues d’intentions pieuses mais non réalisées…Que serait-il arrivé si j’avais persévérer dans la voie créative plutôt qu’avoir choisi une voie scientifique? Ou serais-je aujourd’hui si j’avais eu le courage de lui avouer mes véritables sentiments? Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour en arriver là? Ces questions surgies de notre passé sont légitimes. Mais, se pourrait-il que ce soit à défaut de ne pas avoir pris le temps d’y répondre que vous les croiser encore ici, dans un texte aux naïves apparences?
 
PRÉSENT
 
D’autres questions appartiennent quant à elles au présent. Devrais-je rester dans ce travail qui ne me nourrit plus? Est-ce que cet inconnu mérite que je lui accorde une si grande place? Me mérite-t-il vraiment? Ai-je envie de participer à cet événement ou devrais-je prendre un peu plus de temps pour moi ? Les questions du présent sont en fait celles qui joue un rôle prépondérant dans l’instant, mais qui portent également en elles, l’esquisse d’un futur façonné par votre réponse ou par votre absence de réponse. Aviez-vous déjà envisagé la question sous cet angle? Intéressant non?
 
FUTUR
 
Les questions qui nous amènent à nous projeter dans un futur plus ou moins proche possèdent elles aussi des caractéristiques particulières. En fait, elles bénéficient d’une culture d’intériorisation beaucoup plus répandue. Par déséquilibre, nous avons le réflexe de nous immobiliser pour réfléchir lorsque vient le temps de faire un bond en avant. Généralement, nous prenons alors soin de mesurer, avec méthode et rigueur, la distance nécessaire à un atterrissage sécuritaire. Qu’arrivera-t-il si je prends cette décision? Qu’adviendra-t-il de mon plan de vie si je décide de donner suite à ce désir? Si je ne fais pas le bon choix, ou tout cela me mènera-t-il ? Et si je ne répondais pas cette question ?
 
LES MORCEAUX
 
Les questions casse-tête sont des questions qui un jour ont traversé votre vie et pour lesquelles vous ne vous êtes jamais véritablement arrêté pour y répondre. Qu’est-ce que j’aime ? Quelles sont mes véritables valeurs ? Ai-je envie de toujours ménager la chèvre et le chou en m’oubliant pour les autres ? Suis-je obligé de faire tous ces compromis pour avoir droit à ma part du bonheur ? Exercer un métier que j’aime dans la vie est-il systématiquement synonyme de pauvreté ou d’absence d’abondance ? Comment allais-je reconnaître le véritable amour? Suis-je prêt à accueillir l’autre avec toute la confiance et l’authenticité que cela implique ? Ai-je la force nécessaire pour affronter les obstacles qui me séparent d’une véritable plénitude au quotidien?
 
Pourtant, votre narrateur interne vous fait rejouer la bande sonore de ces questions à intervalles plus ou moins réguliers. Vous choisissez parfois d’en faire abstraction. D’autres fois, vous feignez une ignorance qui vous apporte, sur un plateau d’argent, d’affriolants gains secondaires. Bien souvent, vous les balayez aussi en dessous du tapis de l’inconfort connu, oubliant volontiers les allergies suscitées par vos répétitives esquives.
 
Or, le fait que vous laissiez ainsi suspendues les plus vitales questions n’empêche pas votre inconscient d’en saisir, avec une ingéniosité déroutante, tous les véritables enjeux. Ironiquement, il sait bien avant vous que les réponses à ces questions seront les charnières d’évolution de votre vie. Petit patron dans la grande conscience collective, il invite le hasard et la synchronicité à s’allier dans un tandem redoutablement créatif. Ils nous servent ainsi, par le biais de scénarios platement redondants, les mêmes questions de subsistance. Et ce, inlassablement, jusqu’à ce que nous choisissions, enfin, de leurs trouver une réponse claire et humblement concise.
 
De morceaux en morceaux, c’est question sont devenues un grand casse-tête. Pourquoi? Tout simplement parce que par leurs réponses vous trouverez indubitablement la pièce manquante d’une image plus complète de vous-même.
 
LA MAIN DANS LE SAC
 
Dans votre propre sac de questions ignorées, oubliées, récurrentes ou compromettantes, je vous propose aujourd’hui de plonger une main calme et confiante. Certes, cette décision, ce choix ou ce non choix vous appartient totalement. Or, n’oubliez pas que vous savez désormais qu’une partie de vous n’acceptera pas de rester sans réponse. Allez-vous laisser passer une nouvelle fois une opportunité d’ajouter de nouvelles perspectives à votre destinée ? Ferez-vous aujourd’hui la preuve d’un ultime courage en osant regarder en face une partie longtemps voilée de votre véritable essence ?
 
Présupposons que vous vous êtes laissé gagner par une sorte de gourmandise de bien-être. Que vous acceptez, bien gentiment, de vous prêter à ce jeu questionnaire, hors des sentiers du banal et de l’ordinaire. D’abord, allons à l’essentiel. Fermez les yeux et imaginez, à l’intérieur de vous, l’endroit exact ou pourrait se cacher votre sac de questions. N’hésitez plus, délivrez-le enfin de l’oubli. Avancez vers lui pour découvrir la texture du tissu qui le compose. Admirez les détails de sa décoration. Froissez l’étoffe pour savourer son bruissement léger.
 
Puis, pigez l’une d’entres-elles et lisez-là d’abord pour vous-même. Puis, tentez de situer le moment de sa naissance? Quel âge aviez-vous ? En étiez-vous à vos premières armes ou au contraire il s’agit plutôt d’une question qui a fleuri au beau milieu de votre champ de sagesse? À quoi fait-elle référence? S’agit-il d’une question d’environnement, de comportement, de capacité, de croyances, de valeurs ou d’identité ?
 
Respirez un bon coup. Le pire est fait. Il ne vous reste plus qu’à prendre un instant de plus pour m’écrire, en guise de réponse, la question que vous avez pigée. En attendant la suite par l’entremise de l’artisane-des-mots, je vous invite à vous récompenser pour ce geste de bravoure que vous venez de poser pour vous-même. Offrez vous ce que vous aimez aujourd’hui. Un petit rien. Un grand tout. Peu importe…Pourvu que le plaisir soit au rendez-vous…
 
À bientôt….