En t’attendant

En t’attendant, je ne veux pas que tu me perdes. Alors va mon amour! Erre sans bruit dans ce vaste monde, car je resterai sagement ici jusqu’à ton retour. Tu peux hisser ta voile sans crainte. Libère-toi de toutes entraves, de tous ports d’attache et chasse les torpeurs qui pourraient encore faire obstacles à l’épanouissement de tout ce qu’il y a de majestueux en toi.

Surtout, ne craints rien car, du haut de ma montagne, je saurai te prévenir. Tel un fossile d’admiration devant tes conquêtes, je ferai le guet, applaudissant en silence l’éclosion de tes immenses talents. Bien à l’abri parmi les échos sinistres de la forêt je veillerai à propager la vive lumière de ton intelligence.

En t’attendant, je ne veux pas que tu m’oublies. Alors, la nuit, tandis que des loups anxieux rôderont autour de mon âme vulnérable, mes yeux te supplieront. Ils t’imploreront de me lancer ce qu’il te reste de nos festins de rires. Les soirs de pleine lune, je m’exposerai à devenir une douce proie, acceptant volontiers des morsures sur mon cœur, sur mon corps tout engourdi du froid de ton absence.

En t’attendant, je ne veux pas mourir. Inlassablement, je m’emploierai donc à retourner la terre de mes entrailles afin d’y faire germer les semences de bonheur que tu as si doucement déposée en moi. Dans le silence, j’apprivoiserai le chef d’orchestre de mes craintes foudroyantes. Je me ferai presque invisible, mais me nourrirai chaque jour de tous ces petits morceaux de fierté qui veulent s’épanouir en moi.

En t’attendant, je ne veux pas de promesses. Je ne veux pas de mensonges. Je ne veux pas d’adieux. En t’attendant, je ne veux qu’une chose, t’attendre…

Crédit photo: Toile de l’artiste-peintre Rock Gingras: “En t’attendant…”

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Autopsie d’une résilience

« Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ». – Antoine de St-Exupéry »

La vie l’habite encore. Or, vous devez en faire abstraction.  Désormais, vous devez plutôt apprendre à accepter le choix de son absence, de son silence. Trop souvent, il vous arrive de l’imaginer là, quelque part,  en train d’être, de vaquer, de butiner, de cultiver d’autres jardins, sans vous.  Votre ventre brûle de questionnements.  Pourquoi cette condamnation à mijoter cruellement dans la tristesse et la colère?  L’univers n’est-il pas censé offrir des réponses à nos souffrances?  Qu’avez-vous donc fait pour mériter un si mauvais sort?

Votre muse s’est dissipée, muette, invisible dans les herbes hautes de votre incompréhension. Sortie de votre vie sauvagement, sans plus d’explications qu’un lourd silence réprobateur. D’abord hébété, puis doucement de plus en plus assombri, vous tergiversez aux bords des falaises de l’apitoiement. Pourtant, malgré les vertiges, une part de vous cherche viscéralement une part de logique à laquelle s’agripper.  Votre cerveau et votre cœur quémandent des preuves irréfutables pour justifier cette douloureuse confrontation.

Sous les conseils de votre famille, de vos amis, de votre thérapeute, vous décidez donc de vous investiguez. À froid, vous ouvrez impunément votre blessure en ciselant vos vieilles cicatrices dans l’espoir ultime d’y trouver quelques indices de votre innocence.  En fouillant furieusement dans votre charcuterie d’émotions, vous devenez l’archéologue de vos propres vestiges.  Vous souhaitez maintenant trouver bien plus que des réponses.  Vous êtes en quête de dénicher, coûte que coûte, les quelques parcelles encore viables de votre identité.

Or, tandis que votre corps, votre âme et vos pensées gisent béants sur la table de vos analyses, vous tentez encore de rétablir le contact entre les fils conducteurs de votre trame dramatique.  Vous  passez votre histoire au peigne fin, à rebrousse-poil, en décortiquant minutieusement chaque échange, chaque ambiguïté.  Vous constatez alors avec ou sans réel étonnement que, dans cette relation, vous avez toujours trop ou jamais assez. Si à certains moments vous avez manqué d’orgueil, d’autres fois,  vous n’avez pas fait preuve de la dose suffisante d’humilité.  Trop de fois vous vous êtes soumis  alors que, peut-être, sans doute,  vous auriez dû briller par votre indépendance. Bref, dans un sens comme dans l’autre, vous nagez en cercle autour de la case départ.  Lorsque vous êtes enfin fatigué, vous frappez un mur et vous laissez lentement couler dans le ciment.

Étonnamment, la prison de l’immobilisme vous donnera l’occasion de vous contempler, de vous déposer pour vous astreindre à accueillir l’infime partie en vous qui hurle son droit à la résilience.  Le temps passera et apposera un large bandage d’amnésie sur votre blessure.  Même les plus tenaces, les irréductibles avaleront à ce stade, l’amère pilule du lâcher-prise. Certes elle passera un peu de travers, mais, elle agira efficacement, et ce, avec ou contre votre volonté.

Sans trop de surprise, c’est encore le temps qui vous aidera à digérer les résidus putrides de votre situation.   Galvanisé d’espoir, le temps prendra l’allure d’une vitamine miraculeuse qui, en parcourant vos veines, s’attardera dans votre mémoire, dans votre cœur et dans vos tripes, encore un peu tordues, avouons-le, par le ressentiment. 

Lentement, sûrement, vous remontrez la pente.  Certains soirs, vous aurez l’impression loufoque de la grimper de reculons.  Mais certes, vous avancerez.  Un jour, votre estomac manifestera à nouveau l’envie d’y accueillir des papillons d’anticipation.   Vous y arriverez.  Vous aurez réussi.  Puis,  il y  aura  sur le mur cette petite ligne imaginaire.  Vous savez, celle que vous fixiez parfois pendant des heures les yeux dans le vide?  Oui, oui, celle-là!   Au fil des batailles, ce minuscule point dans le néant est devenu votre allié, le témoin privilégié de votre victoire face au passage de la faucheuse émotionnelle dans votre vie.  À jamais, il incarnera le souvenir de votre force dans la tourmente.  Mais, le plus étonnant, il vous rappellera comment, un jour, vous avez appris à grandir.

Julie Vigneault – Juin 2015

Triste fleur

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Je n’ai point d’orgueil. Je te quémande. Je te supplies.  Je t’exhorte de rallumer ce qui fit jadis ma lumière.

Et puis, il semble que je n’ai point de dignité non plus puisque déjà mes genoux brûlent sous le poids de mes prières.

Je me déshydrate. Je me fane. Je me flétrie. Ton indulgence sera ma rosée. Ton empathie mon ondée. Ton pardon la resurrection de mes orages.

 

Poussière de marbre

Demain tu reviendras suite à de longs mois de silence.  Je me tiendrai bien droite, souriante, Goliath contre le David que tu es devenu.  La porte s’ouvrira et, malgré le marbre qui maquille mes traits, je redeviendrai poussière d’étoiles.  Je lutterai contre les muscles de mon visage qui te dessineront un sourire.  Je tenterai de mettre en sourdine toutes les notes joyeuses qui s’accrocheront à mes mots. Mais, je le sais, tu les entendras quand même.anges_louvre

Je me sculpterai un glacier pour mieux te laisser seul sur la banquise de mon balcon:  Roméo d’amertume que tu es devenu alors que moi, douce Juliette, j’ai effeuillé tant de marguerites dans tes silences.  Je te montrerai mon jardin et toutes ces fleurs qui ont lutté pour ne pas faner sous le désespoir de ton absence.

Je te parlerai de banalité.  Tu m’en répondras tout autant et nous sentirons, sur nos joues encore émues, la caresse d’un vent nouveau.  Tu sais, la poussière de marbre possède ce don étrange de nous recréer, sans failles et sans reproches,  parfaitement indemnes tels victimes tacites de l’oubli de nos passés meurtris.

Le vent nous recomposera, moi en Camille toi en Rodin.  Moi en Dhalia, toi en Romarin. Puis, pressé par le soleil qui attends, par la pluie qui ruissèle, par la vie qui nous échappes, tu repartiras, laissant dans mon jardin un peu de tes pas, un autre été sans toi…

« Étiole-moi! »

marguerite

Mon corps de marguerite

S’effeuille sous tes doigts

Un peu, beaucoup, à la folie de toi

 

Sans pudeur je laisse tomber

Mes blancs pétales sur ton plancher

Question d’un peu, beaucoup, t’affrioler

 

Refrain :

Je t’aime un peu,  beaucoup  ou tant que tu voudras

Du  millier de pétales que tu m’arracheras

Je t’aime un peu, beaucoup même encore plus que ça

Prends-moi, cueille-moi,  étiole-moi!

 

L’un après l’autre tu m’enlève

Les mots de la bouche,  les gouttes de sève

Un peu, beaucoup, à la folie de moi

 

Au fil des gestes tu me dévoiles

Petite fleur, perlée d’étoiles

Question qu’un peu, beaucoup, mon corps s’emballe

 

Refrain ( 2 fois)

Je t’aime un peu,  beaucoup ou tant que tu voudras

Du  millier de pétales que tu m’arracheras

Je t’aime un peu, beaucoup, même encore plus que ça

Prends-moi, cueille-moi,  étiole-moi!

 

Bridge de fin :

Je t’aime, un peu, beaucoup, à la folie

Je t’aime, un peu, beaucoup, comme ce n’est pas permis

Je t’aime, un peu, beaucoup, encore une fois

Je t’aime, un peu, beaucoup (silence)…Étiole-moi!

Les 100 premières pages de L’Échoppe de Juliette enfin disponibles au format PDF.

L'Échoppe de Juliette

Bonjour à vous chers membres adorables du Comité de L’échoppe,

Afin de célébrer à la fois mon 20,000ième mot et la centième page de mon manuscrit, je vous offre celui-ci en format pdf.  Une toute nouvelle page couverture, une mise-en-page plus légère, bref un petit bijou à savourer.

En espérant que vous apprécierez le tout.

N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires!

Votre Juliette.

Téléchargement du Manuscrit de l’Échoppe au format PDF: manuscrit_echoppe_de_Juliette

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Les 100 premières pages de L’Échoppe

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Chapitre 4

Pierre monta les escaliers deux à la fois.

–          Hey Salut Pierre! Pas trop fatigué?  Comment ça s’est passé ce matin?

–          Salut…! Donne-moi deux secondes!

 Il y avait plus urgent!  Le sergent Jutras attendit donc sagement que son collègue «  caféinomane » eut fini de s’administrer sa dose.

Le sergent Jutras et le lieutenant Simard avaient joint l’équipe du département des enquêtes de collision à quelques mois d’intervalle.   Dès les premiers dossiers,  leurs atomes de personnalités joviales avaient créées une onde de fraîcheur candide au sein de cette équipe côtoyée quotidiennement par la tristesse et l’angoisse.

Pierre vint rejoindre son patron, sa tasse géante de café à la main.

 –          Yé suis tout à toi Sergentinoo!,  lança Pierre dans un accent pseudo hispano-gringo-italiano.

 –          Bienne, Bienne, enchaîna le sergent.  T’es pas allé là tout seul?

 Pierre Simard était passé maître dans l’art des volte-face. Une minute il pouvait se tordre de rire suite à l’expulsion d’une de ces fameuses bombes de gaz humanoïde, l’instant d’après vous expliquer froidement la théorie de la relativité. Cette attitude en laissant plus d’un pantois. Le sergent Jutras y était immunisé et savait lui aussi manier cet art avec grande éloquence.

–          Mikael est venu m’assister mais je lui ai, disons, donné congé!

–          Comment ça congé?  Tu sais bien qu’il est payé pour te donner un coup de main Pierre.  T’en a pas déjà assez sur tes épaules?

Pierre aurait pu feindre d’entendre la question mais, il ne l’entendit pas. Ni dans son conduit auditif, ni dans son cœur.  Les yeux dans un profond brouillard, il avait déposé sa tasse en tremblant.  La tête négligemment appuyée contre le mur, il se grattait intensément la tête dans l’espoir d’apaiser un peu la démangeaison de pensées sombres qu’avait provoqué la question.

Le sergent agrafa bruyamment un peu de néant pour le sortir des limbes.  Pierre sursauta. En levant les yeux, il eut l’impression d’avoir été catapulté sur sa chaise, après un voyage dans le temps de plusieurs millier d’années.

–          Pierre.  Tu m’inquiètes là?  Y’a quelque chose que tu ne me dis pas?

Le lieutenant ôta ses lunettes. Une larme s’était enfuie de ses yeux, trahissant son impuissance à refroidir un peu le sang de ses veines.

–          L’une des victimes était une amie de ma fille…

L’aveu dégringola du cœur de Pierre avant d’aller rouler tristement au pied du sergent Jutras.

–          T’es pas sérieux ! Merde!    Je vais demander à ce qu’on trouve quelqu’un d’autres pour s’occuper du dossier.

La décision sortit Pierre de sa stupeur.

–          Non tu ne peux pas…

–          Comment je ne peux pas ???  Je suis encore ton patron à ce que je sache.  Ça n’a aucun bon sens que tu travailles sur cet accident en plus de tous ceux que tu as déjà.  T’a beau être un surhomme, il y a toujours bien des limites.  Y’auront juste à faire confiance aux…

Pierre l’interrompit, sans équivoque.

– Paul ! Tu ne PEUX PAS je te dis. J’ai promis.  Je lui ai promis