Proésie

Requiem

Proésie Jour 20: ThÚme: La Musique / Requiem

Tes mains glissent sur mon ventre violoncelle
Cordes sensibles sous ton archet
Tes frĂ©quences m’arpĂšgent
Je vibre d’extase symphonique

Ton pouce sur ma nuque
M’accorde, me dompte
Entre tes genoux
Mon bois se cambre

Nos désirs métronomes
EnchevĂȘtrent les tessitures
De clef de Fa en fugue au sol
Nos harmonies en crescendo

Puissent nos ĂȘtres en requiem
Déposer leurs silences
Aux confins de la nuit, au bout des galaxies


Julie Vigneault
Musique : https://www.youtube.com/watch?v=TSXzqQ6g32E

Proésie

Parallélisme

J’ai cette impression Ă©trange d’exister aux confins de deux univers, aux frontiĂšres d’un fragile parallĂ©lisme.

LĂ -bas, je suis libre de te goĂ»ter, de te dĂ©vorer au bout d’un geste tendre. Au-delĂ  des frontiĂšres du nĂ©ant, j’y accueille tes confidences en allumant de grands brasiers dans tes yeux. Au fil des Ă©tincelles, je te vacille Ă  la lueur de quelques moments de dĂ©livrance. Ma riviĂšre s’inonde au passage du frisson torrentiel de tes mains. Ta tĂȘte sur la peau de mon tambour fait vibrer mes failles sous tes rythmes d’oiseau-tonnerre.

Puis, au moment d’enfin sublimer nos souffles, nos miels, je retombe, abruptement, de l’autre cĂŽtĂ© de ce vaste nĂ©ant.

Ici, le froid me dĂ©sƓuvre. Mes entrailles nouĂ©es se balancent au dessus des ravins de la peur. Mes mots se fracassent sans cesse sur des rochers inquiets. Je suis une perpĂ©tuelle embardĂ©e lorsque mon esprit craint d’ĂȘtre chassĂ©e hors de tes sentiers. Combien de questions piĂšges pourrais-je encore Ă©viter avant d’avouer mon irrĂ©sistible espoir d’ĂȘtre pour toi, simplement, une de ces belles pommes Ă  croquer?

Tandis qu’une moitiĂ© de l’univers attend en silence, l’autre tremble en moi bien enfermĂ©e dans un Ă©crin dorĂ©. Or, avant de me rendormir, avant de m’hiverner, j’aimerais que tu me dises:
Existe-t-il un passage oĂč je puis te retrouver sans trop blessures? Existe-t-il une fusion sans le goĂ»t amer du remord? Existe-t-il une rĂ©surrection qui puisse enfin sublimer notre lumiĂšre?

Chansons

« Je ne veux pas savoir Â»


Je suis dans une bulle de verre
Qui me grossit tes caractĂšres
Qui me protùge et m’indiffùre
De tes défauts, de tes travers

Je suis l’autruche d’une histoire
Oiseau tout emplumée de gloire
La tĂȘte enfouie, le cƓur miroir
Fougueux déni des faux-espoirs

Refrain: Je ne veux pas savoir
Ce qui brise les miroirs
Ce qui oblige Ă  regarder
Ce que je préfÚres magnifier

Je ne veux pas savoir
Ce qui rends illusoire
Et qui force Ă  observer
Les quatre foutues vérités

Je suis le dorĂ© d’une cage
L’obstinĂ©e des vieux adages
La négation des faux mirages
L’amĂšre Ă©chouĂ©e d’un grand naufrage

Refrain: Je ne veux pas savoir
Les milles tours de tes ivoires
Qui font de toi ton prisonnier
Ton propre Bourreau
MĂȘme ton geĂŽlier

Je ne veux pas savoir
Tous les détours de tes histoires
Tes tonnes de pages inachevées.
Tous ces signets décapités

Je suis le diable de l’avocat
Qui clĂąme du haut d’absurdes lois
De bien vouloir en rester lĂ 
De faire semblant que ça n’existe pas

Pont: Étoiles en haut du piĂ©destal
Divinités des cathédrales
Pitié surtout ne dites rien
Préservez-moi dans un écrin.

Epilogue: Car je ne veux pas savoir
Je prĂ©fĂšres m’ignorer
Je ne veux pas savoir
Je préfÚres me renier
Je ne veux pas savoir
Je préfÚres tout réfuter
Je ne veux pas savoir
Je ne veux pas savoir

Texte de Julie Vigneault

Musique : En quĂȘte



Chansons

Ombre portée

Paroles : Julie Vigneault
Musique : Urhiel Madran-Cyr

On la porte malgré soi
Sombre fardeau de nos émois
Telle une immense chape de plomb
Source noire de frustrations

Nous portons tous nos ombres
Sans en connaitre le nombre
Comme de fastes peaux de chagrins
Pesant bien lourd sur nos destins

Refrain : Parfois j’arrive Ă  l’oublier
Mais tu as le chic de m’la ramener
Dans ton miroir aux alouettes
Toi la Racoleuse d’étiquettes
Tes humiliants rappels à l’ordre
Me reficelle dans ses cordes
J’apprendrai bien à la porter
Cette ombre de mon humanité

Nous projetons tous nos ombres
Marionnettistes de la pénombre
Dans le grand théùtre des blessés
On donne un spectacle déjanté

Je la porte dans mon ADN
Car chaque jour suffit ma veine
Je la traßne au fil des générations
Sombre héritage de distorsions

Refrain : Parfois j’arrive Ă  l’oublier
Mais tu as le chic de m’la ramener
Dans ton miroir aux alouettes
Toi la Racoleuse d’étiquettes
Tes humiliants rappels à l’ordre
Me reficelle dans ses cordes
J’apprendrai bien à la porter
Cette ombre de mon humanité

L’ombre se porte tout prùs de soi
À gauche, à droite ou devant toi
Alors vas-y apprivoise la!
Porte ton ombre au creux de toi!

Épilogue : Comme dans la Caverne de Dante
Il se peut bien qu’elle me tourmente
Qu’elles s’inviteront à s’affronter
Ombre et lumiÚre restées cachées
MĂȘme si elles prĂ©fĂšrent la fuite
MĂȘme si leur poursuite est fortuite
Les ombres prĂ©fĂšrent ĂȘtre projetĂ©es
Les ombres adorent ĂȘtre portĂ©es

Chansons francophones

Et si je n’étais pas mes mots ?

« Et si je n’Ă©tais pas mes mots? »

Je me sens si vulnérable
En ce matin de fleurs de sable
J’ai le cƓur tout en dĂ©route
Je suis paralysée de doutes

Et si j’avais tout embelli
Et si d’emphases j’avais nourri
Les strophes et les alexandrins
Pour me traduire, te tendre la main

Et si je n’étais pas mes mots?
Mais qu’ils me collaient à la peau
Comme un vĂȘtement pour protĂ©ger
Ce qui pourrait t’ĂȘtre dĂ©voilĂ©
Et si je n’étais pas mes mots?
Si à cause d’eux je sonnais faux
Si derriĂšre eux je n’étais rien
Qu’une pñle image d’un refrain

Je me sens déraisonnable
En cet aprĂšs-midi de marbre
Devant le roc je me sens guerriĂšre
Sculptant des armes dans quelques vers

Si je pouvais assumer
La force de ma dualité
Moitié candeur, moitié torpeur
Fragile mais fiĂšre pour quelques heures

Et si je n’étais pas mes mots?
Mais qu’ils me collaient à la peau
Comme un vĂȘtement pour protĂ©ger
Ce qui pourrait t’ĂȘtre dĂ©voilĂ©
Et si je n’étais pas mes mots?
Si à cause d’eux je sonnais faux
Si derriĂšre eux je n’étais rien
Qu’une pñle image d’un refrain

Et si je n’étais pas mes mots?
J’Ă©tais plutĂŽt un simple Ă©cho
Une interprĂšte d’humilitĂ©
De quelques mondes Ă  raconter

Et si je n’Ă©tais pas mes mots….

Mots pour réfléchir

Les clans, les clans! Pas une raison pour se faire mal!

​LA MEUTE
Chez plusieurs espĂšces, les individus vivent en meute. Au sein de ces systĂšmes, un mĂąle alpha veille Ă  la survie du groupe. Son leadership s’exprime naturellement par la dĂ©monstration de comportements qu’il considĂšre bĂ©nĂ©fiques, tant pour la sĂ©curitĂ©, que pour la pĂ©rennitĂ© de la meute. Au quotidien, chacun offre ses ressources selon une hiĂ©rarchie oĂč prime la valorisation et le respect des compĂ©tences individuelles. L’adhĂ©rence au groupe ne se force pas. La loyautĂ© s’établit instinctivement grĂące Ă  la reconnaissance, la confiance et la bienveillance des pairs les uns envers les autres. Bien que l’Alpha veille au loin, il n’hĂ©site jamais Ă  intervenir afin de maintenir l’équilibre du groupe. Pour lui, la somme des parties constitue toujours la force du tout.

Lorsque surviennent des obstacles, les membres les plus vulnĂ©rables peuvent compter sur l’indĂ©fectible protection de leur clan. Face aux blessĂ©s ou aux plus faibles, L’Alpha s’assure ainsi que tous bĂ©nĂ©ficient d’une sĂ©curitĂ© pleine et entiĂšre. Les prĂ©dateurs attaquent, le clan rĂ©agit. Un OmĂ©ga dĂ©montre un opportunisme inconvenant, tous s’assurent que la loyautĂ© envers l’Alpha soit maintenue. L’Alpha, en faisant montre de transparence et d’authenticitĂ©, nourrit la force premiĂšre de sa meute; la cohĂ©sion.

LA COUR
Chez d’autres espĂšces, la dynamique relationnelle s’avĂšre totalement diffĂ©rente. Au sommet d’une hiĂ©rarchie siĂšge un individu ayant obtenu son pouvoir par la force ou par la mise en place de nombreuses stratĂ©gies de manipulation. Sous son rĂšgne, tous lui doivent obĂ©issance, respect, reconnaissance et admiration.
​
La Reine ou l’Empereur y dĂ©tient le pouvoir absolu sur tous les sujets de la Cour. Au sein de ce type d’organisation, la valeur des subalternes se mesure Ă  leur utilitĂ© bien plus qu’à leur efficacitĂ©. Afin de s’assurer de la longĂ©vitĂ© de leur rĂšgne, la dĂ©votion de tous les individus se doit d’ĂȘtre perpĂ©tuellement mise Ă  l’épreuve. On assiste ainsi Ă  des jeux d’intimidation, des tactiques d’isolement et des stratagĂšmes de division des alliances internes. Il faut comprendre qu’à la Cour, seul le MaĂźtre peut dĂ©cider de la lĂ©gitimitĂ© d’un individu au sein du groupe. De ce fait, lorsque l’autoritĂ© supĂ©rieure constate de l’inutilitĂ© d’un sujet, celui-ci se verra exclu, isolĂ© et Ă©ventuellement Ă©liminĂ©. L’Empereur, en asseyant son pouvoir, divise pour mieux rĂ©gner. ​

CHOISIR SON CLAN
Bien choisir son clan personnel ou professionnel, demande un examen minutieux de nos schĂšmes de valeurs. À titre d’exemple, constater notre manque de confiance en soi peut nous aider Ă  comprendre notre tolĂ©rance face aux comportements tyranniques. Pour mettre nos limites, il faut connaĂźtre toute la carte de notre modĂšle du monde. Pour dĂ©couvrir ce qui compose notre univers, il faut sortir de nos zones de confort. La quĂȘte de soi s’amorce dans une grande marche des chemins d’ombres et de lumiĂšres.
Sur le parcours parfois aride qui mĂšne Ă  soi, il se peut que vous trouviez des rĂ©vĂ©lations. Une situation, un partage, un film ou un poĂšme pourrait mettre en lumiĂšre un grand besoin de cohĂ©rence au sein de votre environnement. Cette conscientisation vous amĂšnera ensuite Ă  reconnaĂźtre combien il est nĂ©cessaire, pour vous, d’évoluer dans un environnement au sein duquel la loyautĂ© et la confiance font partie de la systĂ©mique fondamentale. GrĂące Ă  cette dĂ©couverte, vous aurez dorĂ©navant l’opportunitĂ© de placer ce critĂšre dans le haut de votre liste lorsque viendra le moment de vous choisir un nouveau CLAN.
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Il n’est jamais trop tard pour entreprendre la quĂȘte qui mĂšne Ă  la meilleure version de soi. Certes, il faut du temps, de la patience, de la rĂ©silience et une grande dose de volontĂ©. N’ayez pas peur d’ouvrir l’Ɠil. Soyez aux aguets des indices qui vous font ressentir de la joie, ou au contraire, de l’inconfort dans votre environnement. Prenez le temps de creuser plus loin en vous lorsque vous trouvez des perles de conscience. Qu’il ait Ă©tĂ© enterrĂ© lĂ  par un Empereur ou un Alpha, rappelez-vous que c’est en creusant que l’on dĂ©couvre les plus beaux trĂ©sors qui dorment en soi!

Réflexions

« Au nom de la foi en la Vie »

64365824_607099183114778_6137538429539319808_nJ’ai grandi en apprenant la foi. Non pas cette foi issue d’une quelconque religion mais une foi indĂ©fectible en l’ĂȘtre Humain, et ce, peu importe sa langue, sa nationalitĂ©, sa couleur. DĂšs ma tendre enfance, j’ai connu la merveilleuse richesse Ă  cotoyer des Osganian, des PĂ©rucic, des Morin et des Leblanc aussi. GrĂące Ă  un corps professoral gĂ©nĂ©reux et soucieux d’offrir l’équitĂ© Ă  tous leurs Ă©lĂšves, j’ai connu la joie du partage des cultures, des mets dĂ©licieux, des arts internationaux et des joies simplement tricotĂ©es par la magie de l’inclusion inconditionnelle.

Mais qu’est-ce qui a donc changĂ© au sein de mon peuple pour que tout Ă  coup on ressente dans les discours une peur viscĂ©rale de l’autre? Qu’est-il advenu des valeurs de paix et d’acceptation des diffĂ©rences que l’on m’a inculquĂ© et que j’ai choisi de partager avec ma propre progĂ©niture? Certes, les multiples conflits mondiaux ont Ă©veillĂ© des doutes quant Ă  la montĂ©e de l’intĂ©grisme au QuĂ©bec. Encore plus probable, les mĂ©dias sociaux ont malheureusement eu pour effet de nourrir certains filons de haine en mettant dans la mĂȘme boĂźte tous les gens d’ailleurs venus s’installer dans notre terre d’accueil.

Ainsi, suite Ă  l’adoption de la Loi sur l’immigration par notre gouvernement dimanche dernier, j’ai Ă©tĂ© Ă  mĂȘme de constater une forte dissension dans mon fil d’actualitĂ©s Facebook. Certains appels Ă  une protection du nationalisme Ă  l’aide d’images d’une violence qui selon moi est en tout point dichotomique face Ă  ce qui se passe dans la rĂ©alitĂ©. Ne sommes-nous pas assez fiers et dignes de nos racines pour nous tenir debout dignement tels des gĂ©ants bienveillants? La dĂ©monstration apeurĂ©e de certaines organisations marginales n’affiche-t-elle, pas au contraire, notre manque de conviction face Ă  ces hommes, ces femmes et ces enfants venus s’inspirer de la force de notre peuple?

​Pour ma part, mĂȘme si certains voudront m’affubler de naĂŻvetĂ© ou d’utopie, je persisterai Ă  croire que le QuĂ©bec est riche parce qu’il est diversifiĂ©, inclusif et gĂ©nĂ©reux! Si je n’ai pas peur d’ĂȘtre assimilĂ©e, c’est parce que je suis riche de ce que je suis et que je reconnais cette mĂȘme richesse chez l’autre. Pour moi, il n’y a pas d’exclusion mais juste une addition de ce qui nous dĂ©finit mutuellement. C’est dans cette optique que j’ai envie de partager les contes et les lĂ©gendes de mes ancĂȘtres afin de donner aux nouveaux citoyens venus d’ailleurs l’envie de parler ma langue de sirop d’érable et de poĂ©sie d’hivers interminables. Il est de ma mission de non pas protĂ©ger mais bien de transmettre ce que nous sommes, ce que nous avons bĂąti afin que chacun d’eux se sentent chez lui, non pas pour en oublier ses origines mais bien pour nourrir aussi les nĂŽtres.

Aux abords de mon demi-siĂšcle, j’espĂšre vieillir en cotoyant des Diouf, des Kotkaniemi, des Saoui et des Thuy. Je compte bien dĂ©couvrir comment rĂ©ussir Ă  cuisiner des backlavas en Ă©coutant du dukduk armĂ©nien. Je rĂȘve de pouvoir apprendre la broderie suisse en sirotant un dĂ©licieux thĂ© vert Ă  la Marocaine avec mes voisins tout droit venus d’Ukraine pour les vacances d’étĂ©. Car, tout comme eux, je suis issue du spectre des milles couleurs, des milles dĂ©clinaisons de l’HUMAIN. Soyons fiers! Soyons simplement dignes de ce qui nous unit tous, la VIE.

Pensée du jour

Te recevoir sans contraintes

Je me suis souvent posĂ©e, et bien honnĂȘtement, je me pose perpĂ©tuellement la question, Ă  savoir si je suis digne de te recevoir. Certes mon esprit, mon essence et mes rĂȘves t’accueillent le cƓur bĂ©ant d’utopie. Or, est-ce que mon corps brĂ»lant de dĂ©sir saurait vĂ©ritablement survivre l’ivresse provoquĂ©e par les toiles d’euphorie peintes de tes mains sur mon dos, sur mes seins? Est-ce que mon Ă©piderme saurait t’accueillir sans s’effondrer d’Ă©moi, sans trembler si fort qu’il secouerait de fĂ©brilitĂ© les milliers de failles sismiques de notre univers?

Car, te recevoir, sous-entend aussi cette infime possibilitĂ© que dans un incalculable nombre de moments, il y en ait encore quelques-uns destinĂ©s Ă  ce partage de nos mutuels dĂ©sirs. Or, si cette brĂšche temporelle subsiste, elle me demande de plonger sans contraintes dans tout ce qui me compose et d’accepter, tacitement, que pour ĂȘtre tienne, pour me livrer Ă  toi sans contrainte, je possĂšde la valeur inestimable que je te crois mĂ©riter.

Sache que dans mes moments d’Ă©piphanie, j’arrive Ă  me consentir frĂ©missante face au mirage de ton souffle sur moi. Mon corps alors se chavire, s’anĂ©antit presque d’Ă©moi. Le spectre de ta chair envahissant la mienne me subjugue alors au point ou ma fleur de fĂ©minitĂ© se gorge d’une rosĂ©e orgasmique et libĂšre un nectar auquel j’espĂšre un jour t’abreuver.

RĂ©veillĂ©e par une image, par une chanson, par ton prĂ©nom qui a cette Ă©trange habitude de s’Ă©clater partout sur les murs de mes silences, la pensĂ©e de nos Ăąmes en fusion retraverse perpĂ©tuellement mon esprit la nuit, le jour, en voiture, en travaillant, en chantant, en prenant mon cafĂ©, partout, souvent, presque tout le temps.

Te recevoir sans contrainte est une idĂ©e que je nourris avec tendresse et qui, d’ici Ă  ce que nos lignes de temps se croisent, abreuve en moi un trĂ©sor des plus prĂ©cieux. Je te dĂ©pose donc ici le partage de ces petits bijoux qui, bien secrĂštement gardĂ©s au fond de ma petite boite Ă  musique, me permettent encore de fredonner ce que la vie veut bien me faire entendre de toi.

Avec toute ma tendresse,

Pensée du jour

En t’attendant

En t’attendant, je ne veux pas que tu me perdes. Alors va mon amour! Erre sans bruit dans ce vaste monde, car je resterai sagement ici jusqu’à ton retour. Tu peux hisser ta voile sans crainte. LibĂšre-toi de toutes entraves, de tous ports d’attache et chasse les torpeurs qui pourraient encore faire obstacles Ă  l’épanouissement de tout ce qu’il y a de majestueux en toi.

Surtout, ne craints rien car, du haut de ma montagne, je saurai te prĂ©venir. Tel un fossile d’admiration devant tes conquĂȘtes, je ferai le guet, applaudissant en silence l’éclosion de tes immenses talents. Bien Ă  l’abri parmi les Ă©chos sinistres de la forĂȘt je veillerai Ă  propager la vive lumiĂšre de ton intelligence.

En t’attendant, je ne veux pas que tu m’oublies. Alors, la nuit, tandis que des loups anxieux rĂŽderont autour de mon Ăąme vulnĂ©rable, mes yeux te supplieront. Ils t’imploreront de me lancer ce qu’il te reste de nos festins de rires. Les soirs de pleine lune, je m’exposerai Ă  devenir une douce proie, acceptant volontiers des morsures sur mon cƓur, sur mon corps tout engourdi du froid de ton absence.

En t’attendant, je ne veux pas mourir. Inlassablement, je m’emploierai donc Ă  retourner la terre de mes entrailles afin d’y faire germer les semences de bonheur que tu as si doucement dĂ©posĂ©e en moi. Dans le silence, j’apprivoiserai le chef d’orchestre de mes craintes foudroyantes. Je me ferai presque invisible, mais me nourrirai chaque jour de tous ces petits morceaux de fiertĂ© qui veulent s’épanouir en moi.

En t’attendant, je ne veux pas de promesses. Je ne veux pas de mensonges. Je ne veux pas d’adieux. En t’attendant, je ne veux qu’une chose, t’attendre


CrĂ©dit photo: Toile de l’artiste-peintre Rock Gingras: “En t’attendant…”

Réflexions

Autopsie d’une rĂ©silience

« Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ». – Antoine de St-ExupĂ©ry »

La vie l’habite encore. Or, vous devez en faire abstraction.  DĂ©sormais, vous devez plutĂŽt apprendre Ă  accepter le choix de son absence, de son silence. Trop souvent, il vous arrive de l’imaginer lĂ , quelque part,  en train d’ĂȘtre, de vaquer, de butiner, de cultiver d’autres jardins, sans vous.  Votre ventre brĂ»le de questionnements.  Pourquoi cette condamnation Ă  mijoter cruellement dans la tristesse et la colĂšre?  L’univers n’est-il pas censĂ© offrir des rĂ©ponses Ă  nos souffrances?  Qu’avez-vous donc fait pour mĂ©riter un si mauvais sort?

Votre muse s’est dissipĂ©e, muette, invisible dans les herbes hautes de votre incomprĂ©hension. Sortie de votre vie sauvagement, sans plus d’explications qu’un lourd silence rĂ©probateur. D’abord hĂ©bĂ©tĂ©, puis doucement de plus en plus assombri, vous tergiversez aux bords des falaises de l’apitoiement. Pourtant, malgrĂ© les vertiges, une part de vous cherche viscĂ©ralement une part de logique Ă  laquelle s’agripper.  Votre cerveau et votre cƓur quĂ©mandent des preuves irrĂ©futables pour justifier cette douloureuse confrontation.

Sous les conseils de votre famille, de vos amis, de votre thĂ©rapeute, vous dĂ©cidez donc de vous investiguez. À froid, vous ouvrez impunĂ©ment votre blessure en ciselant vos vieilles cicatrices dans l’espoir ultime d’y trouver quelques indices de votre innocence.  En fouillant furieusement dans votre charcuterie d’émotions, vous devenez l’archĂ©ologue de vos propres vestiges.  Vous souhaitez maintenant trouver bien plus que des rĂ©ponses.  Vous ĂȘtes en quĂȘte de dĂ©nicher, coĂ»te que coĂ»te, les quelques parcelles encore viables de votre identitĂ©.

Or, tandis que votre corps, votre Ăąme et vos pensĂ©es gisent bĂ©ants sur la table de vos analyses, vous tentez encore de rĂ©tablir le contact entre les fils conducteurs de votre trame dramatique.  Vous  passez votre histoire au peigne fin, Ă  rebrousse-poil, en dĂ©cortiquant minutieusement chaque Ă©change, chaque ambiguĂŻtĂ©.  Vous constatez alors avec ou sans rĂ©el Ă©tonnement que, dans cette relation, vous avez toujours trop ou jamais assez. Si Ă  certains moments vous avez manquĂ© d’orgueil, d’autres fois,  vous n’avez pas fait preuve de la dose suffisante d’humilitĂ©.  Trop de fois vous vous ĂȘtes soumis  alors que, peut-ĂȘtre, sans doute,  vous auriez dĂ» briller par votre indĂ©pendance. Bref, dans un sens comme dans l’autre, vous nagez en cercle autour de la case dĂ©part.  Lorsque vous ĂȘtes enfin fatiguĂ©, vous frappez un mur et vous laissez lentement couler dans le ciment.

Étonnamment, la prison de l’immobilisme vous donnera l’occasion de vous contempler, de vous dĂ©poser pour vous astreindre Ă  accueillir l’infime partie en vous qui hurle son droit Ă  la rĂ©silience.  Le temps passera et apposera un large bandage d’amnĂ©sie sur votre blessure.  MĂȘme les plus tenaces, les irrĂ©ductibles avaleront Ă  ce stade, l’amĂšre pilule du lĂącher-prise. Certes elle passera un peu de travers, mais, elle agira efficacement, et ce, avec ou contre votre volontĂ©.

Sans trop de surprise, c’est encore le temps qui vous aidera Ă  digĂ©rer les rĂ©sidus putrides de votre situation.   GalvanisĂ© d’espoir, le temps prendra l’allure d’une vitamine miraculeuse qui, en parcourant vos veines, s’attardera dans votre mĂ©moire, dans votre cƓur et dans vos tripes, encore un peu tordues, avouons-le, par le ressentiment. 

Lentement, sĂ»rement, vous remontrez la pente.  Certains soirs, vous aurez l’impression loufoque de la grimper de reculons.  Mais certes, vous avancerez.  Un jour, votre estomac manifestera Ă  nouveau l’envie d’y accueillir des papillons d’anticipation.   Vous y arriverez.  Vous aurez rĂ©ussi.  Puis,  il y  aura  sur le mur cette petite ligne imaginaire.  Vous savez, celle que vous fixiez parfois pendant des heures les yeux dans le vide?  Oui, oui, celle-lĂ !   Au fil des batailles, ce minuscule point dans le nĂ©ant est devenu votre alliĂ©, le tĂ©moin privilĂ©giĂ© de votre victoire face au passage de la faucheuse Ă©motionnelle dans votre vie.  À jamais, il incarnera le souvenir de votre force dans la tourmente.  Mais, le plus Ă©tonnant, il vous rappellera comment, un jour, vous avez appris Ă  grandir.

Julie Vigneault – Juin 2015